24 Heures

23.08.2007

Une Église à recomposer (suite 2)


En cherchant les raisons du recul des pratiques religieuses, qui semblaient naguère encore tellement ancrées dans le terroir catholique, on ne peut manquer d’interroger la pertinence du discours magistériel contemporain, notamment en matière sexuelle et familiale. Qu’on ne se fasse point illusion : ce discours rencontre beaucoup moins d’opposition qu’une indifférence totale, même auprès du plus grand nombre des fidèles, tant il s’avère peu adapté aux inquiétudes de notre temps. Ne nous trompons pas de propos : il ne s’agit pas de céder aux sirènes hédonistes du moment, être dans le vent ne pouvant jamais être qu’une ambition de feuille morte. L’histoire biblique est jalonnée d’interventions vigoureuses, les prophètes ne craignant jamais de s’engager à contretemps de leur époque en dénonçant les égarements de leurs contemporains – et le payant souvent de leur vie. Le message d’amour de Jésus ne manque pas non plus de paroles fortes, parfois violentes, que d’aucuns préféreraient rayer de l’Évangile. La fidélité à Dieu s’accorde en effet mal avec les compromissions. La protestation est une dimension requise par la proclamation de la foi. Annoncer, c’est aussi dénoncer, sinon il ne reste plus qu’à se coucher dans la vulgarité instinctive et complaisante. On sait assez reprocher aux gens d’Église d’y avoir cédé, vis à vis de certains régimes politiques, au fil de l’histoire. Les papes et les évêques se sont honorés chaque fois qu’ils se sont opposés à la mainmise de régimes totalitaires sur les consciences. Le soutien de Jean-Paul II aux grévistes de Gdansk et le dialogue que tente d’instaurer actuellement le Vatican avec le régime chinois sont exemplaires sous cet aspect, et fort différents, pour le fond et la forme, des missions provocatrices dont les évangélistes coréens ont eu à subir récemment les conséquences en Afghanistan.
Néanmoins, le magistère catholique doit apprendre à veiller au ton, de même qu’au contenu du discours qu’il émet sur des points aussi sensibles que l’accueil des divorcés remariés à la communion ou que la pratique d’une contraception qui ne s’oppose pas nécessairement à l’accueil généreux de la vie. Pour l’heure, le discours officiel sur de tels sujets, énoncés par des administrateurs célibataires et volontiers rigoristes, ne manque pas d’une certaine incohérence, puisqu’il affirme aux contrevenants – divorcés, homosexuels, etc. – qu’ils ont toute leur place au nombre des fidèles de l’Église (contrairement à ce que l’on croit souvent, ils ne sont pas excommuniés "stricto sensu"), en leur faisant entendre dans le même temps qu’ils ne sauraient participer à la communion. Il ne s’agit pas d’en prendre à son aise avec les exigences profondes de l’éthique chrétienne – et la sens spirituel dont elles témoignent –, ni de brader en l’occurrence le caractère irrévocable de l’engagement conjugal pris devant Dieu, mais de proposer une "feuille de route" qui, en veillant à n’offenser personne, soit un clair message de miséricorde et d’accueil. Au regard des questions graves auxquelles la foi chrétienne est aujourd’hui confrontée, ces questions-là ne sont sans doute pas les plus essentielles, mais nombre de gens attendent l’Église à ce tournant pour évaluer la crédibilité de son message. Lequel, sur d’autres terrains, ne manque pas d’ailleurs d’être ouvert, fort et courageux. Qui se souvient de la vigueur avec laquelle Jean-Paul II s’est opposé dès le début à l’intervention américaine en Irak ? Personne ne pouvait cependant lui soupçonner quelque affinité avec le régime de Saddam Hussein. De même, il s’en est pris au néo-libéralisme auquel notre planète se trouvait soumise au gré de la globalisation avec la même fermeté qu’il avait mise à combattre l’idéologie marxiste. On ignore généralement que l’Église catholique est, de toutes les ONG, la plus active dans l’aide apportée aux malades du sida en Afrique. Tant d’œuvres d’entraide sont ainsi nées d’appels reçus à travers l’Évangile et n’ont pu grandir que dans un contexte caritatif sans cesse encouragé et soutenu par les autorités de l’Église !
Les gestes généreux pourtant ne suffisent plus. C’est un changement profond d’attitude qui est maintenant attendu, comme on les constate à l’évidence au plan œcuménique. Une Église sûre d’elle-même et du message de pleine délivrance qu’elle apporte ne peut qu’ouvrir ses portes, se mettre en chemin résolument et élargir son horizon. Déjà le dialogue interreligieux l’exige. L’unité de l’Église est toujours en devenir, et le sera jusqu’à la fin des temps. Il est urgent de porter au monde le témoignage de cette quête, au moment où la mondialisation appelle "le corps du Christ" – autre nom de l’Église – à se façonner de manière nouvelle, c’est-à-dire à s’inculturer de manière plus universelle.

Philippe Baud

22.08.2007

Une Église à recomposer (suite 1)

Quand on analyse les difficultés que rencontre aujourd’hui l’Église catholique, on avance souvent comme argument la diminution plus que sensible – pour le moins dans les pays de culture occidentale – du nombre de prêtres. Il est vrai que le nombre d’ordinations, dans nos diocèses, a été divisé par dix de 1950 à 1980, sans que l’on en prenne directement conscience. Le personnel ecclésiastique restait bien visible et pouvait s’appuyer sur un âge où il était encore possible de redoubler d’activité. On a vu alors, dans l’apport de vocations venues d’autres continents, un secours providentiel, signe de l’universalité de l’Église, avant de se rendre compte des difficultés que rencontrait souvent l’inculturation locale de cette relève inespérée.
Cette baisse des ressources humaines ecclésiastiques doit se comprendre à partir de nombreux facteurs dont certains sont tout à fait extérieurs à la vie de l’Église : on notera tout d’abord la diminution sensible du nombre d’enfants par famille, une évolution de la société vers les loisirs et le confort, le développement de nouvelles voies dans l’engagement humanitaire, etc. Et comment ne pas souligner la difficulté bien réelle que représente aujourd’hui, pour tant de jeunes, l’exigence canonique d’un engagement définitif dans l’état de célibat ? Il semble plus sage de ne point rêver ici à un retour vers la situation antérieur à cette crise et d’admettre avec lucidité que l’Église devra apprendre à vivre avec beaucoup moins de prêtres. Les vides se creusent d’année en année dans les rangs du clergé tandis que l’on épuise à merci les dernières forces des vieux combattants. Déjà il devient de plus en plus difficile de trouver, hors des centres villes, une église proposant une célébration régulière le dimanche. À défaut, on découpe les territoires en zones de plus en plus vastes et l’on impose d’une site à l’autre des courses contre la montre à des prêtres qui devraient jouir d’une paisible retraite depuis longtemps. Ce système ne saurait faire durablement illusion.
Il devient urgent, dans ce contexte, de renoncer à envisager une gestion de la vie ecclésiale sur le modèle territorial de l’État. La restructuration des paroisses en secteurs pastoraux relèvent des soins palliatifs. Ceux qui rêvent à un "retour du religieux" devant la porte fermée de l’église ou de la cure du village ne se sont point aperçu que ce retour est déjà là, mais nous interpelle "ailleurs" et "autrement". En fait, il ne s’agit point de "retour", mais d’une marche "en avant", laquelle suppose un esprit ouvert avec beaucoup d’imagination. N’est-ce point là, pour le croyant, se retrouver en grande pauvreté entre les mains de l’Esprit Saint, comme au premier matin de la Pentecôte ?
La solution n’est pas à rechercher dans la réorganisation des structures, mais dans un renouvellement en profondeur des mentalités, qui pourrait prendre corps avec une vision nouvelle de la notion de "ministère". Celle-ci, pour des raisons historiques qu’il serait trop long d’analyser ici, s’est trouvée depuis plusieurs siècles accidentellement confondue avec celle de "clergé", à l’imitation de nombreux univers religieux. Or cette notion de "clergé" n’a rien de spécifiquement chrétien : c’est une forme d’institution religieuse, fort respectable sans doute, mais que l’on trouve aussi bien dans l’Ancienne Égypte ou l’Ancienne Rome. La mission chrétienne a emprunté ce modèle aux cultures qui l’entouraient et a fini par se confondre avec eux. Pour sortir de l’impasse, la tradition catholique gagnerait fort à entreprendre aujourd’hui une lecture moins étroite et renouvelée de cette notion de ministère. Il ne suffit pas de se tourner vers les baptisés non-ordonnés, ceux que l’on appelle du nom curieux de "laïcs", comme vers une suppléance momentanée : "dans l’attente de jours meilleurs". C’est au contraire envoyant s’ouvrir la notion de ministère à une beaucoup plus grande diversité que les communautés ecclésiales à taille humaine retrouveront leur vigueur et le prêtre, en elle, la place qui est la sienne à l’heure de la célébration eucharistique.
(à suivre)

Philippe Baud



21.08.2007

Une Église à recomposer

La barque de l’Église a bien de la peine à naviguer. Cela ne tient pas seulement aux tempêtes diverses qu’elle essuie, ou, tout au contraire, à l’absence de souffle dans ses hautes voilures, mais à la lourdeur d’une embarcation, certes vénérable, mais devenue difficile à manœuvrer. Capitaines et matelots ont été mieux préparés aux croisières conquérantes qu’à la remontée ou descente souple des rapides. Voilà qui autorise certains observateurs à nous annoncer sa disparition prochaine. C’est aller un peu vite en besogne. Mais il s’agit bien, sans nostalgie aucune, de repenser en urgence la recomposition et les articulation du corps ecclésial : "aggiornamento" qui ne pourra s’accomplir sans perturbations ni changements considérables.
Le "monde chrétien" s’en est allé, lui qui avait planté l’église au milieu du village. Que cet édifice – et sa flèche indiquant le ciel – soit remplacé par une station-service, un fitness ou un centre commercial ne réjouit sans doute personne, mais qui songerait à raser ces lieux inédits de société pour y construire à nouveau des sanctuaires (la question des minarets demeurant ainsi tout à fait périphérique) ? Est-ce cependant une raison suffisante pour ne parler des communautés chrétiennes qu’en termes de défaite ? Une autre configuration de l’Église est à naître, dont nous ne distinguons pas encore les traits. On pourrait donc se tromper en n’analysant la situation présente que dans le registre du déficit.
Encore faut-il être lucide et ne point occulter les faits. Regardez les statistiques des baptêmes d’enfants ! Comptez, parmi ceux-ci, le nombre de ceux qui auront l’avantage de recevoir une formation religieuse, que ce soit en assistant aux liturgies dominicales, en suivant régulièrement un cours de catéchisme, en bénéficiant d’une initiation à la vie de prière et à une lecture intelligente de la Bible ! Qui se marie encore à l’église sous le seul prétexte de "faire plaisir à la grand-mère" ou d’obéir aux traditions du village ? De plus en plus, nous rencontrons des jeunes – et des moins jeunes – qui n’ont reçu strictement aucune formation religieuse, se contentant, pour juger et écarter de manière définitive le message chrétien, de quelques clichés glanés aux cours d’une conversation ou d’un film du type "Nom de la rose" ou "Da Vinci code". Ceux-là ne se demandent évidemment pas pourquoi le nombre des baptêmes d’adultes a été multiplié par cinq ou dix dans os vieux pays d’Europe en une décennie, ni comment il se fait que les centres religieux comme les hôtelleries des monastères aient dû constituer désormais des listes d’attentes pour l’accueil de leurs hôtes : signes que le corps de l’Église n’est pas aussi moribond qu’on le prétend.
Mais ce ne sont pas là des raisons pour ignorer la baisse effective de la fréquentation des églises à l’heure des célébrations dominicales, critère toujours privilégié des statisticiens de la sociologie religieuse pour juger de l’intégration ecclésiale. Il y a bien d’autres manières, sans doute, de témoigner de son attachement au Christ que la seule participation régulière au culte ou à la messe. Néanmoins, prendre part à l’assemblée du "jour du Seigneur" (le "dies domini" est à l’origine de notre dimanche), au jour de la Résurrection (le lendemain du sabbat), reste un rendez-vous que ne peut ignorer celui qui désire marcher à la suite du Christ. La désertion des églises, l’âge du petit nombre des participants, pose donc question. Les traditionalistes en profiteront aussitôt pour vous dire que c’est à cause de l’abandon du latin et du rite ancien, et d’autres, à l’opposé, parce qu’ils n’y retrouvent plus l’élan de Vatican II. Laissons ces disputes domestiques pour interroger la rupture de transmission qui, en de nombreux domaines, marque profondément nos sociétés. Nous avons tous mieux à faire qu’à regretter les jours anciens ou danser autour du cadavre. La question est bien moins celle de la participation aux assemblées dominicales que du sens à donner à nos week-ends qui ne ressemblent en rien aux dimanches d’autrefois. Alors paysans et travailleurs, isolés toute la semaine, aimaient à se retrouver dans leurs beaux habits et l’on échangeait sans fin les nouvelles de la commune et des familles sous le proche de l’église. Le repas familial qui suivait était alors tout aussi important que la participation à la célébration religieuse et personne ne pouvait en bonne conscience s’y soustraire. Aujourd’hui, vous aspirez plutôt à vous reposer – c’est nécessité –, à déjeuner "light", à prendre le large dans la nature… Les grands rassemblements festifs (pèlerinages, JMJ) qu’affectionnent occasionnellement les jeunes ne font pas d’eux, pour autant, des "pratiquants réguliers". La quête de sens n’est pas absente, mais elle passe par d’autres voies et se heurtent aux rythmes effrénés qu’impose en tout notre époque.
(à suivre)

Philippe Baud

17.08.2007

Le bien commun et la durée

Voilà un demi-siècle que les notions de liberté et d’égalité (d’aucuns préféreraient parler d’équité) dirigent l’évolution de nos sociétés, et par conséquent celle du droit. Réjouissons-nous de cette progression, mais n’en prenons pas prétexte pour fermer les yeux sur les limites de cette perspective. Car il convient d’y ajouter un plus clair respect de la différence et l’exigeant rappel de la nécessité de l’engagement.
La revendication de la différence n’appartiendrait-elle qu’à la "gay-pride" ? Certains mouvements – ceux qui regroupent les homosexuels ne formant qu'un exemple parmi d’autres – ont souligné combien la différence pouvait être source de discrimination et d’inégalité. A-t-on l’oreille assez ouverte, par exemple, aux légitimes revendications des malades et handicapés ? Quant à la notion d’engagement, elle se heurte aux sirènes de l’individualisme, de la satisfaction immédiate, de la consommation instantanée : au détriment du bien commun, qui ne peut être conçu que dans la durée.
Voilà sans doute le gros récif contre lequel buttent nos institutions, qui sont fondées sur des engagements publics qui dépassent la sphère strictement privée. D’où la fragilité que connaissent nos structures familiales, aussi bien que politiques et sociales, voire scolaires et religieuses.
Par effervescence romantique, la génération 68 s’est gaussée de tout ce qui, de près ou de loin, pouvait rappeler les cadres institutionnels. Dans la foulée, la célébration des familles éclatées est presque devenue lieu commun. Au point que nous avons oublié qu’un couple, par l’engagement qu’il peut se décider à prendre dans un mariage, est aussi une institution, au même titre qu'un État, qu’une école, qu’une armée. Au point qu’il en coûte beaucoup d’efforts et de patience de faire découvrir aux nouvelles générations qu’une institution n’est pas nécessairement un carcan, mais une manière de garantir la durée, un gage de stabilité. Cette stabilité, à laquelle la plupart d’entre nous aspirent, tant dans la vie affective que dans le travail ou nos attaches à la société, ne se gagne que par l’endurance et la fidélité qui, à y regarder de plus près, ne sont pas des exigences opposées à celles du bonheur. Car il faudrait être bien prétentieux ou particulièrement fort pour se passer des repères que nous offrent précisément les institutions, lesquelles ne sont jamais "immuables et sacrées", et peuvent toujours être reconsidérées et améliorées au gré des besoins communs d’une époque et d’une société.
L’institution s’offre à nous comme un cadre structurant, un modèle. Elle ne prétend pas être une garantie contre les échecs, les tensions de l’histoire, les drames de l’existence. Mais elle a mieux à faire que d’offrir seulement de réparer les dégâts. Lutter contre le marché de la drogue est tout de même plus urgent que d’ouvrir des maisons d’accueil pour ceux qui en sont devenus dépendants. Soutenir économiquement les familles, un devoir prioritaire avant que d’aider celles qui vont à la dérive. Pourquoi faut-il attendre qu'un village soit traversé par un flux de boue pour étudier la configuration des cours d’eau qui l’entourent et peut-être le menacent ? Les institutions sont précisément des lieux propices à l’exercice du discernement et de laprévision. La conscience individuelle ne perd rien à s’y exercer.

Philippe Baud

16.08.2007

Jeux «made in China»: le boycott?

La crise provoquée en Occident par la mise à l’écart des jouets chinois réveillera-t-elle nos consciences ? Il est trop facile d’accabler les malfaçons du "made in China" alors que nous réclamons de consommer toujours plus, toujours mieux, toujours plus vite et… toujours moins chers, sans jamais nous interroger sur les rythmes et conditions que cela impose à l’autre bout de la chaîne. Est-il pour autant recommandable de boycotter les produits chinois ? Ou, pour poser la question de manière plus détournée mais plus claire :Vous intéressez-vous aux Jeux olympiques qui se dérouleront dans un an à Pékin ?
Un ami chinois me commentait hier les contorsions intellectuelles auxquelles se livraient déjà certains intellectuels officiels de Pékin pour démontrer la conformité de la devise olympique "Citius - Altius – Fortius" (Plus vite - Plus haut - Plus fort) avec la pensée confucéenne. Car rien, m’assurait-il, n’est plus contraire à l’idéal de Confucius que l’idée de course ou de rivalité, en vue du couronnement du plus valeureux, du meilleur. Ceci étant dit, il est certain que les Chinois préparent avec fierté ces grands Jeux et en profiteront (peut-on honnêtement le leur reprocher ?) pour faire de l’événement l’affirmation symbolique et jubilatoire d’un pays qui comte bien jouer les premiers rôles dans le nouveau millénaire.
La première compétition a déjà commencé : celle de pouvoir mener à terme dans le bon délai toutes les installations qu’une telle manifestation nécessite (stades, transports, hôtels, télécommunications, etc.). Mais voilà qu’à vouloir aller trop vite, les trottoirs des touts nouvelles avenues de Pékin sont déjà défoncés après quelques semaines et qu’un béton de trop mauvaise qualité peut entraîner le tragique effondrement d’un pont avant même que celui-ci soit inauguré.
La seconde compétition se comptera sertes en nombre de médailles. Il est évident que le régime de Pékin attend de ses athlètes qu’ils l’emportent sur ceux des Etats-Unis. Il n’y a pas si longtemps, dans les rencontres du stade, Soviétiques et Américains aimaient à confronter les mérites de leurs systèmes politiques respectifs. Désormais, c’est la Chine qui tend à relever le gant, en espérant des victoires sportives qu’elles confirmeront le bien-fondé et la supériorité de son idéologie politique. Or, déjà nombreuses, des voix s’élèvent, appelant au boycottage de ces Jeux, pour sanctionner Pékin en raison de son non-respect des droits de l’homme, de son occupation du Tibet, du soutien de son gouvernement à celui du Soudan dans le drame du Darfour, et j’en passe. D’autres n’hésitent pas à faire un amalgame abusif et provoquant avec les fameux Jeux de 1936, à Berlin. Mais ceux-là oublient de mentionner que l’athlète noir américain, Jesse Owens, y remporta quatre médaille d’or, infligeant du même coup un démenti flagrant à la propagande hitlérienne qui prétendait à la suprématie de la race aryenne ?
Réclamer le boycott des prochains Jeux relève d’une bonne conscience politique bien peu adéquate à la situation réelle. Le monde occidental, s’étant laissé aller à humilier une Russie qui renaissait péniblement des cendres de l’Union soviétique, commence tout juste maintenant à comprendre les graves conséquences de sa maladresse. Que gagnerait-on à mortifier aujourd’hui une Chine qui s’ouvre lentement au monde, sachant bien qu’il lui reste de grands progrès à accomplir sur le plan matériel comme sur celui des libertés sociales et individuelles ? Isoler cet immense continent ne pourrait le conduire qu’à plus de repli. Au contraire, en acceptant que soient braqués sur lui les projecteurs de toute la planète, "l’empire du milieu" ou plutôt ses dirigeants se verront contraints de répondre un peu mieux à l’image idéale que le pays aimerait tant donné de lui-même. En s’intégrant aussi mieux, par là, dans la société internationale, on ose espérer que la Chine s’ouvrira plus vite, c’est-à-dire avec moins de crainte et de procès d’intention, à une plus libre circulation des personnes et des idées. Ce qu'un boycott ne saurait en aucune façon obtenir.
Philippe Baud

14.08.2007

Connaissez-vous le "débredinoire" ?

Les routes de l’été sont propices aux découvertes. Un penchant marqué pour les architectures romanes m’a fait faire un détour pa le charmant village de Saint-Menoux, dans le département de l’Allier, à mi-chemin entre Moulins et le bourg médiéval de Bourbon-Archambault. Selon les information recueillies sur place, Saint-Menoux doit son nom à un évêque irlandais du VIIe siècle qui, épuisé et malade au retour d’un voyage à Rome, s’arrêta dans ce lieu pour y prendre un peu de repos… et l’y trouva : éternel ! C’est là, près de sa tombe, que fut édifiée vers la fin du Xe siècle, pour un couvent de Bénédictines, une église dans laquelle l’art roman bourguignon s’épanouit avec une remarquable élégance. "Vaut le détour", selon la formule d’un guide célèbre, qui n’en parle pas.
Ce n’est qu’après avoir tendu votre cou à contempler les feuillages des chapiteaux où nichent des oiseaux ou des griffons buvant au même calice que vous découvrez la curiosité locale : le "débredinoire". C’est une pierre creusée en forme de tombeau avec, su le côté, une ouverture semi-circulaire : elle a la réputation de guérir les "bredins" qui y enfilent leur tête. "Bredin" ou "berdin" désigne, en patois bourbonnais, celui qui n’a pas toute sa raison. Le "débredinoire" est donc ce lieu béni où l’on retrouve sa tête. J’y ai glissé la mienne avec empressement, comme vous pouvez vous en doutez. Mais à ma grande surprise, quand je me suis retourné, alors que je m’attendais à trouver une interminable queue derrière moi, pas un chat ! Pas le moindre petit pèlerin en guenille, pas un randonneur égaré ! Que faut-il en conclure ? Sans doute, une formidable bonne nouvelle, à savoir qu’au XXIe siècle, il n’y a plus un "bredin" sur le terre… À moins que les migrations touristiques estivales ne les aient rassemblées en masse sur d’autres îles.

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