18.10.2007
Actualité monastique encore
Après avoir évoqué ici la solidarité des monastères bénédictins de France avec les moines bouddhistes de Birmanie, il n’est-il peut-être pas inutile de rappeler que la vie monastique en milieu chrétien connaît aujourd’hui dans le monde une vitalité qui contraste avec la baisse des pratiques religieuses dans les pays occidentaux. Qui veut, en Europe, faire un séjour dans une abbaye sait déjà qu’il doit s’y prendre bien à l’avance pour trouver une chambre disponible. Est-ce la quête de Dieu, la recherche de soi, l’attrait du silence et de la méditation, ou l’espérance de rencontrer un "grand frère" moine ou une "grande sœur" moniale à qui confier les tourments de son esprit ? Les raisons sont diverses. Mais quelles que soient les attentes de hôtes de passage, le nombre de monastères suivant la règle de saint Benoît s’est considérablement accru dans ces cinquante dernières années, notamment dans les pays situés hors de l'Europe et de l'Amérique du Nord.
Au début du XXe siècle, en Amérique latine, seul le Brésil connaissait une vraie tradition bénédictine, puisque plusieurs monastères y ont été fondés dès la fin du XVIe siècle. Mais rien n'existe ailleurs, à l'exception d'une communauté en Argentine, fondée en 1899 par les moines français de Belloc. En Afrique, on ne signale à la même époque que deux fondations, l’une en Afrique du Sud et l’autre en Tanzanie. Au Proche-Orient, sur le territoire de l’actuel État d’Israël, le monastère cistercien de Latroun est fondé en 1890, un autre voiot le jour à Jérusalem en 1896. L'Australie n'est pas en retard puisqu’elle voit surgir trois fondations au milieu du XIXe siècle et d'autres ensuite. L'Asie accueille aussi des communautés monastiques bénédictines : en Chine, aux Philippines, au Japon et au Sri Lanka. Mais la démarche reste encore bien timide.
Mais au XXe siècle, ce n’est pas moins de 336 nouveaux monastères que l’on voit naître et grandir à travers le monde, selon un rythme qui s'accélère au fil du temps : 16 fondations entre 1900 et 1920, 31 entre 1920 et 1940, 70 entre 1940 et 1960, 102 entre 1960 et 1980, 116 entre 1980 et 2000. Et, de plus en plus, ce sont des communautés du Sud, non pas le Nord, qui fonde des abbayes-filles dans d’autres pays du Sud.
En Amérique latine, c’est au Brésil que la dernière décennie a été la plus florissante : 14 créations entre 1990 et 2000. Ailleurs, la fécondité du mouvement bénédictin a culminé dans les années 1960 à 1990. On ne peut pas dire que l'Afrique soit aujourd'hui dans un environnement propice à l'expérience cénobitique. Plusieurs communautés ont été victimes des tragédies sociales et politiques que connaît le continent, en Algérie notamment et dans la région des Grands Lacs, au Rwanda. Cependant 34 nouveaux monastères africains ont été créés entre 1960 et i980, et 31autres encore entre 1980 et 2000. Le tableau d'honneur met en tête le Congo (15), puis la Tanzanie (14), Madagascar (8), le Nigeria (7), le Cameroun (6) et l'Afrique du Sud (6). Un peu partout, l'inculturation est à l’ordre du jour.
Mais le continent le plus étonnant dans la période récente est certainement l'Asie. La progression y est continue : on peut y compter deux fois plus de fondations dans les vingt dernières années que dans les vingt précédentes. En 1900, le Vietnam ne connaissait aucun monastère chrétien, et il en compte 15 aujourd'hui, mais sans que le régime y autorise de nouvelles créations. En 1900, l'Inde n’avait aucun monastère chrétien ; elle en compte présentement 21. Et les Philippines n'en sont pas loin pour le nombre de communautés. Le pays qui pourrait connaître un développement important dans les prochaines années est la Corée du Sud. On y signale un monastère de plus de 200 moniales olivétaines. Sur ce continent, le mot d'ordre est celui du dialogue interreligieux. Les moines chrétiens d’Asie prennent une part très active dans la construction du dialogue avec les traditions religieuses extrême-orientales. En Océanie, enfin, on voit également naître les premières implantations monastiques chrétiennes.
Ce que ce tableau ne dit pas, c'est que certaines fondations nouvelles regroupent des religieux ou religieuses dont les origines géographiques sont à leur tour très diverses. L'intercontinentalité témoigne de la sorte de l'universalité du message chrétien et de sa capacité d’unir, dans le don de soi, le travail et la prière, des hommes et des femmes de cultures et de langues fort différentes.
Philippe Baud
14:23 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
16.10.2007
Solidarité monastique
La Conférence monastique de France (CMF), qui regroupant une quarantaine de monastères contemplatifs suivant la règle bénédictine (bénédictins et cisterciens), vient d’adresser une lettre de protestation à l'ambassadeur de Birmanie à Paris, à propos de l’oppression à laquelle est soumise le pays.
Une telle initiative est fort rare. La lettre est signée par Dom Philippe Piron, abbé bénédictin de l’abbaye Sainte-Anne de Kergonan, qui préside cette Conférence. Elle témoigne de l’émoi suscité dans le monde spirituel catholique français par les récents événements de Birmanie et rend hommage au rôle qu’y ont joué les moines bouddhistes.
" Nous sommes profondément attristés par les nouvelles qui nous parviennent de Birmanie ", écrit le notamment Dom Piron. " Nous déplorons unanimement la violente répression mise en œuvre pour enrayer le grand mouvement qui s’est déployé au sein même du peuple birman désireux de grandir en dignité humaine et en liberté véritable. Selon nous, il y a là une grave atteinte aux droits de l’homme qui va à l’encontre de tout effort authentique vers une paix durable. "
Les moines français, " sachant la place occupée par les moines bouddhistes dans ces événements ", disent se sentir encore " plus proches de ceux et celles qui, avec eux, sont victimes de cette répression ".
Au-delà d’une solidarité inter-monastique, le soutien des religieux français s’adresse donc à l’ensemble du peuple birman.
Pour que cette lettre ne tombe pas aux oubliettes, des copies ont été envoyées au ministre français des affaires étrangères, Bernard Kouchner, à l’ambassadeur de France en Birmanie, Jean-Pierre Lafosse, au cardinal Jean-Pierre Ricard, président de la Conférence épiscopale de France et au nonce apostolique en France, Mgr Fortunato Baldelli.
Par ailleurs, pour " témoigner leur solidarité ", les moines français ont décidé de faire du 27 octobre prochain un jour de prière et de jeûne, " en union avec tous ceux et celles qui pensent qu’il n’est d’avenir heureux pour la Birmanie et l’ensemble des nations qu’au prix d’une paix respectueuse des personnes ". Cette date n’a pas été choisie par hasard, car elle marquera aussi le 21e anniversaire de la première rencontre des responsables des grandes religions à Assise.
Philippe Baud
19:28 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
05.10.2007
Visite du patriarche de Moscou en France
L’importance œcuménique de la visite du patriarche Alexis II en France, à l’invitation de l’Église catholique de ce pays, n’a guère retenu l’attention de la presse romande. On peut le regretter car, derrière le caractère "mondain" d’une telle visite, c’est à un réchauffement sensible des relations entre catholiques et orthodoxes que nous assistons, avec la perspective d’une rencontre prochaine entre le pape et le patriarche de "la troisième Rome".
L’engagement résolu du Saint-Siège en vue de renouer avec Moscou a été marqué par plusieurs gestes positifs, dont récemment le changement de l’archevêque latin en place dans la capitale russe. Celui-ci était un biélo-russe de souche polonaise, ce qui ne pouvait guère faciliter les relations interconfessionnelles, les Russes ayant toujours suspecté les Polonais, catholiques et latins, de prosélytisme. D’où la méfiance affichée à l’égard de Jean-Paul II, en dépit de tout ce que ce dernier a entrepris pour rapprocher l’Orient et l’Occident. Paradoxalement, la récente nomination par Rome d’un évêque italien dans la capitale russe a été accueille comme un geste fraternel.
Les sujets de conflits ne manquent pourtant pas : Moscou soupçonne toujours encore Rome d’entreprises missionnaires, et agite sans fin la délicate question des uniates greco.catholiques, fort nombreux un Ukraine.
Mais à l’intérieur de la Russie, les tensions ne manquent pas non plus au sein de l’orthodoxie. Les anciennes luttes d’influence demeurent très vives entre slavophiles d’une part, viscéralement attachés à la terre-mère, "de droit divin" soumise à la seule autorité du patriarche et dernier bastion de la vraie foi, et les partisans d’une ouverture à l’Occident d’autre part. Le patriarche Alexis est aujourd’hui un homme âgé, et il doit aussi compter avec les rivalités qui s’affirment dans la perspective de sa succession. Ajoutons que le patriarche de Moscou est à la tête de la communauté orthodoxe numériquement la plus importante de la planète et que, pour cette raison, il supporte mal la primauté spirituelle sur tout le christianisme byzantin que la tradition reconnaît au patriarche de Constantinople depuis des siècles. Moscou voudrait affirmer son autorité sur toutes les communautés orthodoxes de la diaspora, alors que celles-ci (on l’a vu récemment en Angleterre) commencent à revendiquer leur particularité "occidentale" et leur indépendance. Or le patriarcat de Moscou estime qu’il doit exercer son autorité canonique non seulement sur tout le territoire de "la Sainte Russie" (c’est pourquoi il considère que la présence de tout autre Église sur ce territoire est un affront et une menace), mais aussi bien sur toutes les paroisses orthodoxes qui ont aujourd’hui fleuri en Europe occidentale. Selon une source bien informée, Alexis vient de le rappeler à l’Assemblée des évêques orthodoxes de France (où coexistent six juridictions distinctes), dans une réunion tenue à huit clos.
Historique, cette visite l’est sous plus d’un aspect, car c’est aussi la première fois qu'un patriarche de Moscou sort de son pays à l’invitation de l’Église catholique. C’est pourquoi l’événement est salué très positivement d’un point de vue œcuménique.
Avant de se rendre à Paris, le patriarche a fait une halte non moins significative à Strasbourg. Devant le Conseil de l’Europe, il a mentionné une nouvelle fois que la grandeur de notre continent avait sa source dans la culture chrétienne. Il rejoint ici un thème cher à Benoît XVI. Il l’a aussi évoqué à Paris, devant le président de la République et le ministre de l’intérieur. Devant les représentants de la Conférence épiscopale catholique de France, il a aussi partagé ses préoccupations en matière de morale et de société, déclarant que "nos positions sont identiques sur de nombreux points : avortement, euthanasie, unions de mêmes sexe et autres phénomènes que l’on voudrait nous imposer et qui sont inacceptables pour nos deux Églises".
Sous ces aspects divers, parfois contradictoires, cette visite peut néanmoins être saluée comme un événement, une étape sur le chemin d’un vrai rapprochement entre les Églises de l’Orient et de l’Occident. Est-ce peut-être aussi parce que le patriarche allemand de Rome paraît plus "latin" que le patriarche de Moscou ose se dire plus proche de lui ?
Quoi qu’il en soit, tout ce qui ressemble à un rapprochement doit être salué comme "bonne nouvelle".
Philippe Baud
14:38 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

