02.12.2007
Le christianisme arabe
"Les recherches arabes chrétiennes n’ont pas encore leur juste place dans le panorama universitaire international", fait observer le père Khalil Samir, jésuite, directeur du Centre de documentation et de recherches arabes chrétiennes de Beyrouth.
Connu pour son livre-entretien "Cent questions sur", Khalil Samir est spécialisé dans les relations entre l’islam et le christianisme. Il est aussi un grand défenseur de la culture arabe chrétienne, et dans un article paru tout récemment, dans l’Annuaire " Jésuites 2008 ", il déplore qu’aucune université au monde n’ait une chaire stable d’"études arabes chrétienne".
Il est important de rappeler que la culture et la civilisation arabes ne s’identifient pas avec l’islam, les chrétiens ayant joué un rôle non négligeble dans l’élaboration de ce qui fut la grande Renaissance arabe du IXème au XIème siècle, y introduisant notamment la pensée grecque sous diverses formes (médecine, mathématique, philosophie, etc.), ce qui suscita un mouvement intellectuel prodigieux, y compris dans la théologie musulmane.
Par ses travaux, Khalil Samir poursuit l’œuvre et les projets entamés par ses deux plus éminents précurseurs : un autre jésuite, le père Louis Cheikho (1859-1927), et l’orientaliste allemand Georg Graf (1875-1955), dont l’ouvrage majeur majeure, "Histoire de la littérature arabe chrétienne", fruit d’une quarantaine d’années de travail assidu, est un monument d’érudition.
Un immense patrimoine, encore presque inédit, reste à découvrir. Il intègre toutes les traditions de l’Orient chrétien : les Eglises syriaques (chaldéennes, syriaque, maronite), l’Eglise byzantine, l’Eglise copte, et également les Eglises arménienne et latine.
Mais cette production ne concerne pas seulement le domaine religieux aussi bien les domaines religieux (théologie, liturgie, apologétique), mais aussi profanes (médecine, philosophie, sciences), qui ont contribué à la constitution d’une littérature arabe chrétienne importante pendant la période médiévale.
Le Centre de documentation et de recherches arabes chrétiennes possède aujourd’hui 4.500 manuscrits arabes chrétiens microfilmés ou reproduits, en plus d’une bibliothèque de quelques 35.000 volumes. En outre, 1.600 dossiers originaux et thématiques sur le patrimoine arabe des chrétiens et plus de 200 textes arabes chrétiens saisis sur ordinateur et entièrement vocalisés. Le Centre forme de jeunes chercheurs venus du monde entier et organise des séminaires, des conférences et des congrès, au Liban et à l’étranger, et publie diverses collections qui dans le but de diffuser la connaissance de ce patrimoine et de susciter des vocations de chercheurs.
Philippe Baud
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Commentaires
http://www.infosyoga.info/media/SuppJVIY71.pdf "Epidémies de psychose religieuse,« orthonaïa » et « déodiversité » L’orthonoïa se définit comme la psychose de sujets qui sont considérés comme orthodoxes dans leur société, mais quipoussent cette normalité dans la croyance au point d'en faire une paranoïa. Ils sont bien plus nombreux qu'on ne pense, et peuvent avoir un effet particulièrement destructeur en cas de crise, car dans leur psychose, ils recevront le soutien implicite des masses qui sont, elles aussi, adhérentes à peu près à l'orthodoxie en vigueur. Par « déodiversité », je signifie au fond le contraire : l'humanité est en train de mûrir et comprend qu'il est vraiment important de respecterla biodiversité qui fait partie de la richesse et de l’équilibre du monde. Dans le même sens, quand cette humanité mûrira plus, elle s'apercevra que la diversité des dieux, la «déodiversité » est très utile, et que les monocultures monothéistes ne font pas de bien aux sociétés car elle créent un déséquilibre en s’écartant de la « déodiversité » naturelle. Ce sont en quelque sorte des empires agroalimentaires, des Monsanto du monde métaphysique. Même si ces empires peuvent rapporter de gros bénéfices, ils endommagent la nature originelle. La « déodiversité » est aussi le meilleur moyen de faire respecter la démocratie et la liberté dans les mondes subtils, l'empire obligatoire d’un Dieu unique menant spontanément à l'idéologie conquérante, à l'absolutisme, pour ne pas dire à la dictature. L'histoire nous en a donné des exemples abondants, il faut souffrir d' aveuglement émotionnel pour ne pas vouloir simplement le voir. On pourrait qualifier l’orthonaïa de « psychose bc bg ». Il s'agit de personnes bien-pensantes, charitables, pieuses, mais qui trouveront naturel qu'on extermine tout un peuple pour répandre « l'amour » de leur Dieu. Ou s'ils n'osent pas dire ceci directement, ils se réfugieront derrière un nuage d'encre vaguement mystique en laissant entendre que « nul ne peut percer les secrets du Tout-puissant, surtout pas nous pauvres êtres humains qui sommes comme de la vermine sur cette terre ». En d'autres termes, l'idéologie totalitaire s'enferme dans sa tour d'ivoire, la paranoïa se mure dans ses défenses de rationalisations moralisatrices. Par ailleurs, il faut voir clairement que le schizophrène est beaucoup trop en dehors du monde pour être vraiment nuisible aux autres, au pire il pourra perturber son entourage ou assassiner une ou deux personnes avant d'être enfermé pour longtemps à l'hôpital psychiatrique, et ainsi neutraliser. Par contre, le paranoïaque idéologique, en particulier dans le domaine religieux, lui, pourra être vraiment destructeur, par exemple en concevant, organisant et exécutant des génocides, le tout avec la meilleure conscience du monde. Et c'est cette « meilleure conscience du monde » qui définit l’orthonaïa et qui est sans doute aussi grave que le génocide lui-même. En effet, elle va mener tout droit à un négationnisme majeur, et celui-ci mènera à son tour à d'autres génocides. Pour continuer dans la ligne de ce qui a été dit plus haut, on pourrait parler de négationnisme bc bg : l'histoire atteste par exemple que votre religion a fait périr en un siècle 90 ou 100 millions de personnes, soit on le dénie complètement, soit on l'accepte du bout des lèvres, bien obligé ! mais ensuite on ne le mentionne plus jamais et même on exclut ces faits douloureux complètement de son esprit. Qui plus est, si des gens osent vous en parler, on les accuse d'être violents, presque comme si c'était eux qui avaientt massacré les 90 ou 100 millions de personnes. Ceci correspond typiquement un mécanisme de projection paranoïaque. C'est ce qu'on pourrait qualifier de « négationnisme bc bg», c'est très courant dans les milieux religieux, y compris libéraux, et on peut estimer que c'est grave, car, comme nous l'avons dit, cela prépare le terrain psychologique pour les génocides à venir. Nous avons parlé de la question centrale de la toute-puissance dans la psychose, et cette analyse peut s'appliquer aussi à certaines formes religieuses violentes qui se répandent comme des épidémies. Pourtant, elles ne sont pas diagnostiquées souvent comme psychotiques, sans doute parce qu'elle mobilisent de grands groupes plutôt agressifs et donc font peur aux psychanalystes et aux psychologues : pourtant, ceux-ci pourraient facilement démonter leurs mécanismes de fonctionnement psychotique, de type mégalomaniaque et paranoïaque. Dans ce domaine délicat, il faut faire preuve de discernement : sentir qu'on est le tout, ou relié directement à lui à travers un envoyé ou un prophète, qu’on peut aider à soigner les blessures de l'ego, et en cela avoir une certaine valeur thérapeutique. Cependant, cette même croyance peut aussi dilater l’ego de façon profondément pathologique. Il y a beaucoup de limitations dans la vie en général, ceci mène souvent à une auto dévalorisation de type dépressif, et à ce moment-là, la paranoïa religieuse avec son hypertrophie de l'ego collectif apparaît comme la solution pour remonter le moral des troupes, dans tous les cas elle est présentée comme telle par les prédicateurs et meneurs politico-religieux de tout poil. Certains n'hésitent pas même à la présenter comme la seule alternative possible au suicide. Du point de vue psychique, essayer de sortir de la dépression par le moyen de la paranoïa revient à aller de Charybde en Scylla. Puissance et jouissance sont deux termes qui riment, et il y a certainement une forte composante sexuelle derrière la recherche de la toute-puissance. Elle correspond à une avidité pour la « toute-jouissance ». On peut difficilement trancher d'un coup d'épée ce sac de noeuds à la façon d'Alexandre qui a coupé le noeud gordien. En effet, même un renoncement extérieur à la sexualité comme chez les clercs, peut mener par compensation à une recherche intensifiée de la toute-puissance par leur identification à l'institution et donc par des voies détournées, au pouvoir religieux. Certes, le védanta et les voies de la non-dualité parlent aussi de la toute-puissance en mettant en valeur le fait qu'elle n'est pas un délire, mais au contraire que l'hallucination de base est précisément de nous croire limités ; cet réalité de l’illimité concerne bien sûr notre Soi, pas notre ego. Le délirant religieux sent cela, mais il gonfle son ego et le rend dur comme un ballon de football, à la place de le faire exploser comme une bulle dans de grands espaces. Par ailleurs, la paranoïa correspond à un clivage externe, moi contre les autres, et la schizophrénie à un clivage interne, moi contre moi : dans les deux cas, on peut repérer une toute-puissance sadique à l’?uvre, qui cherche à détruire un autre, que ce soit dans le monde extérieur ou dans l'intime du psychisme. Revenons sur le fait que la fascination pour la toute-puissance est directement reliée à l’attrait pour la jouissance sexuelle, et en cela elle agit comme une drogue. Un contributeur à cet ouvrage, Remo Bernasconi, a décrit à juste titre l’addiction comme un type de folie en secteur, et cela est en fait valable aussi pour la recherche délirante de toute-puissance. Il faut bien comprendre que celle-ci n'apparaît que rarement nue, elle est en général déguisée par toutes sortes de rationalisations secondaires politiques, religieuses ou métaphysiques. Si on analyse le développement des grands mouvements religieux conquérants avec les critères du désir de toute-puissance, on pourra démonter de façon cohérente leurs comportements articulés autour d'un noyau mégalomaniaque. Malheureusement, l'humanité actuelle est loin d'avoir su se mettre à l'abri de ce type de paranoïa transmise de génération en génération. On pourrait distinguer deux grandes formes dans la psychose religieuse : d'une part la paranoïa, avec agression brutale de l'autre pour le soumettre et le convertir, et d'autre part la paraphrénie, où le sujet est encore assez intelligent, c'est-à-dire pas encore assez psychotique pour penser que le monde entier va accepter d’emblée, en se prosternant, que lui-même est l’être-clé de l'humanité. Il attend un peu avant d'en parler, par un reste de prudence et de bon sens. Ces mécanismes psychologiques sont courants quand on regarde l'histoire des petits ou grands mouvements religieux. J'évite intentionnellement de parler de secte, car chacun pensera alors « la secte, c'est les autres ! » et évitera de se remettre en cause dans ses propres croyances, sous prétexte que celles-ci lui ont apporté certaines consolations. Certes, il y a des personnes qui ont des expériences spirituelles particulièrement profondes, et qui ont un rapport exceptionnel au divin : cependant, de là à dire qu'ils sont les seuls ou les derniers à l'avoir eu, il y a un monde, et c'est le monde qui sépare le normal du psychotique. Certainement, d'un point de vue non-duel, tout le monde est le Soi, l'Absolu et en tant que tel chacun est tout-puissant, mais il faut se souvenir que ceci est valable seulement quand l’ego a complètement disparu. De ce fait, cela élimine naturellement la prétention à être unique, cette prétention qui est la source principale de la violence religieuse. Mieux vaut voir cette triste réalité bien en face. Tous ces phénomènes sont reliés aux épidémies de psychose religieuse collective, et c'est le devoir des psychiatres et des psychothérapeutes d’en parler ; si eux ne le font pas, qui le fera à leur place ? Il ne s'agit pas de tomber dans la passion religieuse ou politique, mais au contraire de comprendre clairement la source pathologique de celle-ci. Un autre nom de l’orthonaïa pourrait être la normophrénie, la sécurité grégaire qu'on éprouve à suivre un délire collectif. Dans ce genre-là, on pourrait faire une lecture intéressante, certes pas la seule, de la dernière campagne présidentielle aux États-Unis, en tant que choc entre deux délires collectifs : apocalyptique pour Mc Cain qui insistait sur un conflit nucléaire imminent avec l'Iran capable de faire partir en fumée le Moyen-Orient, le coeur historique du monothéisme, et un délire messianique pour Obama qui se mettait en avant comme l'incarnation de ce changement qu'attendait l'âme américaine presque depuis la fondation même du pays. Les électeurs ont choisi pour la seconde possibilité, l'avenir dira ce que cela donne dans la réalité des choses. Il est intéressant aussi dans ce sens du délire collectif de rappeler que, d'après une statistique de l'hebdomadaire Newsweek datant de ces dernières années, 40 % des Américains croient que la fin du monde va arriver avant qu’eux-mêmes ne meurent : en psychiatrie, cette conception porte un nom bien connu, il s'agit d'un délire apocalyptique. Dans ce genre, le président de l'Iran actuel, Ahmedinejad, fait partie d'une secte dure du chiisme qui, elle aussi, vit dans une ambiance apocalyptique de fin des temps imminente. Il a dit il y a déjà deux ou trois ans que le monde n’en avait plus que pour deux ans. Sans doute parle-t-il de son monde à lui. Ceci n'a pas de quoi être rassurant, sachant de plus qu'il tient clairement des propos génocidaires au sujet d'Israël. Un ancien ministre de la justice du Canada qui s'est penché de près, du point de vue du droit international, sur la question des génocides, a fait remarquer à ce propos que dans la grande majorité des cas, les dirigeants et meneurs qui se sont livrés à des génocides l'avaient annoncé clairement auparavant. Il faut noter de plus à ce propos que les guerres éclatent quand le niveau de paranoïa dans les groupes en conflit augmente notablement. Pour mettre de l'huile sur le feu de ces délires de persécutions sous-tendant les paranoïas, il n'y a rien de tel que la fièvre entraînée par les psychoses religieuses, frappées du sceau de l'absolu aux yeux des croyants naïfs et même des pervers qui les manipulent. À cause de ce
sceau de l'absolu, des groupes entiers deviennent même incapables de calculer la quantité de destruction auxquels ils s'exposent en suivant leur désir de toute-puissance. Si ces mécanismes de psychiatrie collective sont exposés clairement et de façon répétée au grand public, cela l'aidera à mûrir et diminuera ses chances d'être contaminé par ce genre d'épidémie de violence idéologique."
Ecrit par : Kim Jong Ilien | 15.07.2009
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