24 Heures

04.01.2008

6 janvier, jour d’"épiphanie"

Épiphanie" veut dire de "manifestation" ! Selon le récit de Matthieu que nous avons tous plus ou moins sommairement en mémoire, ce jour rappelle la visite que firent à l’enfant né à Bethléem ces personnages étranges que le texte appelle "mages venus d’Orient" et marchaient à la suite d’une étoile.
Laissons à d’autres l’exégèse savante de cette page colorée, avec son cortège de chameaux et la présentation de cadeaux précieux. Je la relirai volontiers ici dans le contexte du dialogue interreligieux qui nous préoccupe tant aujourd’hui. Car, enfin, ces rois mages ne sont pas très chrétiens d’allure. Vous pourriez les imaginer hindouistes, bouddhistes, zoroastriens ou chamanistes, sans déflorer le texte.
Avec l’arrivée sur scène de ces "étrangers", Matthieu nous convie d’une façon originale à reconsidérer ici le mystère de l’élection du peuple d’Israël, en tant que dépositaire des promesses du salut, tel qu’il était déjà tout entier contenu dans celui de l’appel adressé à Abraham (Gn 12). Mais, l’a-t-on remarqué, le récit de la vocation d’Abraham, qui suit immédiatement celui, non moins fameux, de la Tour de Babel (Gn11), n’est rien d’autre, en fait, qu’une critique d’une conception fausse de l’universalité. C’est un avertissement au "peuple élu" – car, derrière la figure d’Abraham, il y a tout un peuple (Gn 12,1-3) – de se garder de vouloir réaliser l’universalité par la conquête ou par l’hégémonie : un message, au seuil de la Nouvelle Alliance, adressé tout aussi bien aux disciples de Jésus.
Dans le récit de la Tour, le Dieu de la Bible condamne une unicité linguistique et culturelle qui aurait l’ambition de substituer au Dieu unique une humanité monolithique, que se diviniserait elle-même. Le message a-t-il jamais été plus actuel qu’en nos temps de mondialisation ? Dieu ne condamne pas ici la pluralité des langues et des cultures, ayant lui-même créé l’homme pluriel : homme et femme, sédentaires et vagabonds, bergers et mages, religieux pratiquants ou nez dans les étoiles . Le Dieu de la Bible bénit le multiple de la condition humaine et ne considère pas la diversité des âges, des noms et des couleurs (Gaspard, Melchior et Balthasar) comme la dégradation d’une unité originelle. Depuis le jour de la Pentecôte et l’effusion ébouriffante de l’Esprit, il est permis de penser que la pluralité des visages, des recherches, des langues, des cultes et des cultures est sans doute nécessaire pour traduire la richesse multiforme du mystère de Dieu.
D’un pluralisme religieux de fait ne peut-on pas conclure à un pluralisme de principe,

Tout en admettant l’ambiguïté des diversités religieuses, pourquoi faudrait-il voir dans le pluralisme religieux "l’œuvre du démon" ? Ne serait-ce pas plutôt une "expression du génie et des richesses dispensées par Dieu aux nations", comme ont osé le dire les évêques lors du Concile Vatican II (cf. Ad gentes, no11) ? Le propos me semble malheureusement bien éloigné de ce que disent aujourd’hui certains chrétiens. Il est vrai que la cohabitation des diverses religions, au fil de l’actualité, n’inspire pas toujours confiance, notamment lorsque des personnalités politiques en appellent scandaleusement à Dieu pour justifier leurs crimes, sinon leurs marchés et leurs ambitions de pouvoir.
Heureusement, ces rois, qui nous offrent leurs couronnes en forme pâtissière, nous proposent un tout autre message…

Pühilippe Baud

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