24 Heures

23.01.2008

Le pape noir ?

"Le pape noir", tel est le surnom – en raison de la couleur de sa soutane – que l’on donne à celui qui porte officiellement le titre de préposé général de la Compagnie de Jésus. À la lourde charge de présider aux orientations de l’ordre religieux des Jésuites, c’est un espagnol de 71 ans, le Père Adolfo Nicolas, qui vient d’être élu, le samedi 19 janvier. Cet Européen imprégné de culture asiatique a passé la majeure partie de sa vie aux Philippines et au Japon, où il a été ordonné prêtre en 1967. Théologien et polyglotte, il est décrit comme un homme "paisible", professeur de théologie systématique réputé ouvert. Il remplissait, depuis trois ans, le rôle de "modérateur" de la conférence jésuite d'Asie orientale, qui regroupe plus de 1 000 religieux : une fonction qui lui aura donné une vision large de la situation des chrétiens en Asie et qui lui permettra, sur ce dossier, de jouer un rôle d'interlocuteur averti avec Rome. On sait que les rapports de la Compagnie avec le pape, n’ont pas toujours été simples, bien que les membres de l’ordre lui prêtent un serment particulier de fidélité.
Mais s’ils ont pu se prêter autrefois aux jeux des influences dans les antichambres des puissants, qui étaient nombreux à avoir été formés dans leurs excellents collèges, c’est auprès des déshérités qu’on les retrouvent le plus actifs aujourd’hui. Le Père Nicolas la rappeler dans son homélie du 21 janvier, jour de son investiture : "N’oubliez pas les pauvres !" Il a raconté cette expérience qui l’a marqué : "Il s'agit d'une Philippine immigrée qui a eu beaucoup de difficulté à s'adapter à la société japonaise, une femme qui a beaucoup souffert. Une autre Philippine est venue lui demander conseil, et lui dit : “J'ai beaucoup de problèmes avec mon mari, et je ne sais si je dois divorcer ou essayer de sauver mon mariage... ” En d'autres mots, elle voulait un conseil sur un sujet plutôt banal. La première répondit : “Je ne sais quoi vous conseiller en ce moment. Cependant, venez avec moi à l'église, que nous puissions toutes les deux prier, car Dieu vient vraiment au secours du pauvre.” Cette déclaration m'a touché car elle est vraie. Le pauvre n'a que Dieu pour trouver sa force. Pour nous, Dieu est notre force. Le service désintéressé, inconditionnel, trouve la source de sa force en Dieu seul."
Pour nous, qui avons trop l’habitude de jauger la situation de l’Église à l’aune des seuls problèmes qui se posent dans notre petit monde occidental, cette ouverture d’horizon est stimulante.
Dans un univers mondialisé, où le nombre des exclus absolus sans cesse augmente, l’évangile a encore toute sa pertinence, reconnaissable à l’engagement total de ses témoins. Déjà Paul s'adresse aux Églises prospères de son temps, leur demandant leur aide pour les pauvres de Jérusalem.
"Ce qui compte, commente le nouveau préposé, c'est la santé, le salut, la joie des pauvres. Ce qui compte, c'est le réel, l'espoir, le salut, la santé. Et nous voulons que ce salut et cette santé soient une explosion de salut pour tous et partout."
Telle est la feuille de route. Souhaitons, grâce aux compétences et à l’engagement généreux des 19200 jésuites à l’œuvre dans le chantier du monde, qu’elle puisse trouver un réel accomplissement.

Philippe Baud

Commentaires

Bonjour Philippe,
J'ai eu beaucoup de plaisir à lire ta chronique, que je suis régulièrement.
Amitiés,
Bruno

Ecrit par : Bruno Florinetti | 23.01.2008

Je ne suis pas aussi certain que vous que la noirceur de ce "pape" ne soit due qu'à la couleur de sa soutane ! Je ne parle pas de ce Père Adolfo Nicolas en particulier, mais de la charge de ce "pape" de l'ombre.

Ecrit par : Bla-Blo-Gueur | 23.01.2008

C'est précisément la Lumière qui habite ce pape-là qui fait si cruellement défaut à l'autre dont la lumière n'habite que les habits.

Ecrit par : Patrick Dimier | 24.01.2008

Je ne vois pas bien, Patrick Dimier, ce que vous trouvez d'obscur dans notre Pape Benoît XVI ; je le trouve au contraire lumineux !

Ecrit par : Michel de Guibert | 24.01.2008

Tellement lumineux que son surnom est: Benoît XIII et III !

Probablement en raison de certaines de ses positions: entre autre, celle où il tourne le dos à ses fidèles lorsqu'il officie .

Ecrit par : Bla-Blo-Gueur | 26.01.2008

Mais cela n'a rien d'extraordinaire !
Il ne s'agit pas de tourner le dos aux fidèles (!), mais de se tourner tous, humblement, prêtre (y compris le Pape) et fidèles vers l'Orient, vers le Soleil levant qui symbolise le Christ ressucité, qui nous illumine tous.
Et le Pape se retournait vers eux quand il s'adressait aux fidèles.
C'est ainsi aussi que célèbrent les orthodoxes

Ecrit par : Michel de Guibert | 27.01.2008

Il s'agit de se tourner vers l'Orient, vers le Soleil et non vers La Mecque. Dommage, cela aurait été un signe fort pour les musulmans.
D'autre dises que c'est un pas fraternel vers les schismatiques ou un retour en arrière, avant Vatican II. Ce Concile considéré comme le "mai 68" de l'Église par les "conservateurs" (un peu en deçà des intégristes schismatiques) qui reviennent en force.

Ecrit par : Bla-Blo-Gueur | 27.01.2008

Vous mélangez un peu tout !
Etre tournés vers l'Orient n'est pas être tournés vers un lieu, mais être tournés symboliquement vers le Christ ; il ne s'agit que de signes et de symboles, comme souvent dans la liturgie.
Le Concile Vatican II s'est déroulde 1962 à 1965 ; il ne doit donc rien à mai 68 ! Et le Père Joseph Ratzinger en a été un des acteurs remarqués comme théologien du Cardinal Frings ; il ne passit pa salor spour un "conservateur"...
Si l'esprit de 68 a pu influencer l'Eglise, c'est plus tard, après le Concile, quand certains ont voulu l'instrumentaliser au nom de "l'esprit du Concile", et bien souvent contre le Concile lui-même !
Pour ce qui concerne l'orientation de la prière, je vous rapplle ue le Concile Vatican II ne s'est nullement prononcé sur cette question, et pas davantage le nouveau Missel romain de 1969 publié par Paul VI.

Ecrit par : Michel de Guibert | 28.01.2008

Monsieur de Guibert,

Est-ce moi qui ai parlé le premier d'un lieu ou de la direction d'où le soleil se lève ?
Vous me reprochez de ne pas comprendre les symboles et lorsque j'utilise lsimplement une comparaison, "Vatican II - Mai 68", vous me reprochez qu'historiquement le Concile avait eu lieu avant 68. Chose que je n'ai jamais essayer d'insinuer. Relisez ce que j'ai écrit! Je n'ai jamais dit que Vatican II devait quoi que ce soit à Mai 68. Je n'ai dit que ceci: Certains "conservateurs proches des intégristes" font cette comparaison.
je n'ai pas dit non plus le futur pape était déjà un conservateur à l'époque du Concile, mais je prétends que, comme beaucoup, en vieillissant, ils le deviennent: D'où le jeu de mot Benoît XIII et III.
Ce qui est, je vous l'accorde un MÉLANGE des genres et je vous accorde aussi que la componction et l'humour ne font pas bon ménage. (Vous ne l'avez pas dit, mais uniquement pensé très fort)

Ecrit par : Père siffleur | 31.01.2008

Dont acte pour rendre aux "conservateurs" proches des intégristes la comparaison, infondée à mes yeux, entre le Concile Vatican II et mai 68.
La comparaison serait plus juste et plus pertinente pour évoquer l'influence de mai 68 sur ce que l'on a appelé "l'esprit du Concile" et qui est bien souvent l'exact contraire de ce qu'a dit le Concile !
Quant à Benoît XVI, votre jeu de mot est certes amusant, mais il correspond tellement peu à la personnalité du Pape que j'ai voulu répondre sur le fond sans m'attarder sur ce trait d'humour.
Car, plus je lis les interventions de Benoît XVI, moins j'y vois le conservatisme, l'obscurité ou l'étroitesse que vous lui attribuez dans le sillage du prêt à penser des media qui n'ont jamais lu Benoït XVI...
Lisez-le !

Ecrit par : Michel de Guibert | 31.01.2008

J'ai pour la première fois à votre blog et j'ai vraiment aimé. Maintenant, je vais aller ici plus souvent! Mais j'ai bien aimé cet article et je vais continuer à attendre!

Ecrit par : cocaine detox pill | 12.12.2008

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