24 Heures

07.03.2008

Devant la tombe de Lazare

Les trois dimanches qui précèdent la célébration de l’entrée de Jésus à Jérusalem (dimanche des Rameaux) étaient jadis des journées d’intense préparation pour les catéchumènes s’apprêtant à recevoir le baptême au cours de la grande liturgie de la nuit pascale.
Ces dimanches étaient dits "de scrutin" car non seulement on y entendait une Parole "qui scrute les reins et les cœurs", mais parce que toute la communauté chrétienne y était appelée à donner son aval pour l’accueil des nouveaux "fidèles", à savoir qu’elle reconnaissait en eux de potentiels témoins de la foi. Cette consultation et ce soutien n’étaient pas simples rituels en périodes de persécution.
Trois passages de l’évangile de Jean sont lus au cours de ces dimanches, qui sont aussi trois rencontres : celle de Jésus avec une femme de Samarie que tous rejettent en raison de son mode de vie (Jean 4), avec un aveugle de naissance dont les raisonneurs voudraient établir la faute cachée induisant un si malheureux destin (Jean 9), avec le mystère de la mort, face au décès de son ami Lazare (Jean 11).
Ces rencontres du vertige se déroulent au bord de trois "trous noirs". Le premier était un puits. Le second, un étrange bassin dont les eaux sont réputées opérer des guérisons. La troisième cavité est une tombe.
Qu’on ne s’y trompe pas : ces rendez-vous avec Jésus ont pour décor des lieux très ordinaires : le puits où l’on vient puiser de l’eau chaque jour, la fontaine où l’on va se laver à l’eau bienfaitrice de l’espoir chaque semaine – excepté le jour du sabbat, selon la règle – et ces fosses ouvertes dans la terre du cimetière, devant lesquelles on se tien à nouveau hébété chaque fois qu’il faut accompagner dans la mort un ami qui s’en va et ses proches qui restent.
Que peut-il bien sortir de bon d’un trou noir : du puits insondable d’une vie ordinaire, des angoisses d’une maladie ou d’un destin qui vacille, de la sombre énigme d’une tombe ?
L’apôtre Paul se voulait déjà réaliste : "Si c’est pour cette vie seulement que nous avons mis notre espoir dans le Christ, nous sommes les plus malheureux de tous les hommes." Poursuivant : "Mais non, le Christ est ressuscité des morts, prémices de ceux qui se sont endormis"(1 Co 15, 19-20). Du puits jaillit "l’eau vive". De la piscine de Siloè, une guérison. Du tombeau de Béthanie, Lazare vivant. Trois rencontres inédites et le même message : "Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra."
L’affirmation ne va pas de soi. Elle résonne comme une question fondamentale, qui n’est pas posée ici exclusivement à ceux-là qui ont demandé le baptême, à ceux qui revendiquent une identité chrétienne : "Tout homme qui vit et qui croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ?"

(à suivre demain)

Philippe Baud

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