24 Heures

01.04.2008

Un autre profil du prêtre

Les prêtres ne travaillent pas tous en paroisse. On connaît leurs engagements dans des aumôneries diverses (milieu de la santé, prisons, éducation). Il y a soixante ans, en milieu industriel urbain, plusieurs éprouvèrent le besoin, pour se rapprocher de leurs concitoyens, d’aller travailler sur des chantiers, dans des ateliers et des usines.

Ce fut le mouvement des prêtres ouvriers, malheureusement bien vite cassé par l’autorité romaine en raison des analyses marxistes qui sous-tendaient alors la lecture de la réalité sociale. Les premiers disciples n’étaient-ils pas des pêcheurs des rives du lac de Tibériade et l’apôtre Paul ne se félicitait-il pas de ne dépendre de personne pour ses besoins matériels ? Cardeur de tentes, il gagnait sa vie par le travail de ses mains.
Au cours des siècles, on ne compte pas le nombre de prêtres qui furent astronomes, biologistes, préhistoriens, musiciens, écrivains. Aujourd’hui un nombre non négligeable de prêtres vivent leur vocation en immersion dans le monde. Ils travaillent discrètement dans l’univers de la recherche scientifique, des arts ou des médias, témoignant ainsi de l’"inculturation" de la foi dans des mondes qui sembleraient au premier abord lui demeurer étrangers. Ces ecclésiastiques, en accord avec leurs évêques, assument leur engagement comme une "mission" : non point celle de convertir leurs collègues de travail, mais d’établir des ponts entre leur Église et la société, témoignant des préoccupations du monde dans le milieu chrétien et des valeurs de l’Évangile dans un milieu professionnel qui pourrait fort bien les ignorer.
Citons par exemple, en France voisine, le jésuite Roland Cazalis, ingénieur de recherche, spécialiste des plantes OGM à l’École supérieure d’agriculture de Purpan, à Toulouse, ou Bruno Cazin, lui-même vicaire général à Dunkerque et médecin hématologue à Lille. J’ai eu personnellement l’occasion de m’entretenir avec Philippe Deterre, depuis trente ans chercheur en immunologie et prêtre de la Mission de France. Il est la cheville ouvrière du Réseau Blaise Pascal qui relie une trentaine de groupes d’enseignants et de chercheurs à travers l’hexagone, menant une réflexion à l’interface entre science, culture et foi. La rencontre de l’an dernier portait sur un sujet significatif et d’actualité : "Création contre évolution? Hasards, complexités et finalités".
Il s’agit sans doute là d’engagements d’exception, exigeant de rares compétences. Mais ces prêtres ouvrent la voie à ce qui pourrait être une forme beaucoup plus répandue de ministère dans l’avenir, conjuguant un travail professionnel à temps partiel avec le service de communautés chrétiennes à taille très humaine. Dans une société urbaine de plus en plus mobile, pourquoi se contraindre à des découpages territoriaux de moins en moins "naturels" et ne pas prêter une attention plus grande à la vie des gens qui s’organise en réseaux constamment fluctuants ? Pour faire connaître le message de l’Évangile dans le monde d’aujourd’hui, il est important d’en partager la culture de l’intérieur, d’être présents là où les questions sont posées et librement débattues. Il est important que ceux qui exercent aujourd’hui un ministère soient confrontés à l’inévidence de la foi, se laissent rudement traverser par les questions qui travaillent leur époque. Ils y éprouveront dans la proximité les conflits du monde du travail, l’insécurité professionnelle, le goût de la conquête et de la possession. Mais le refus des compromissions de la carrière et de la défense hargneuse de son territoire peuvent aussi y être proposés comme des signes forts, qui peuvent ouvrir en retour à des solidarités nouvelles.
Quand on parle du statut du prêtre aujourd’hui, on évoque toujours d’abord la diminution considérable de leur nombre, puis les difficultés qu’impose l’exigence du célibat. Ces questions ne peuvent être éludées, mais ne devrions-nous pas avoir un peu plus d’imagination pour redessiner les profils du ministère ?
Philippe Baud

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Commentaires

Il y eut aussi des "prêtres ouvriers" qui ne conjuguaient pas leur apostolat avec l'adhésion aux analystes marxistes : les prêtres de la MOPP (Mission Ouvrière Saint Pierre Saint Paul), fondée par le Père Jacques Loew, O.P., qui a aussi fondé l'Ecole de la Foi à Fribourg.
Ils existent toujours aujourd'hui, conjuguant avec bonheur la vie fraternelle avec les plus pauvres et l'annonce explicite de la Parole de Dieu.

Ecrit par : Michel de Guibert | 01.04.2008

A mon avis, mais ce n'est certainement pas une référence, le meilleur profil de prêtre appartiendrait à celui qui parvient à expliquer dans un langage accessible, ce qu'il croit et ce que signifient les cérémonies qu'il dirige.

Ecrit par : Pierre-André Rosset | 03.04.2008

un peu partout, il y a des prêres qui portent en eux l'évangile de Jésus, sa Mission. Je pense à Albert Nolan: "Jésus aujourd'hui, Jésus avant le christianisme", totalement un avec les exploités de chez lui et d'ailleurs. Je connais un ou deux prêtres qui révèlent par leur comportement, Jésus. "Prêtres ouvriers", chance perdue pour l'Eglise et les ouvriers. Mais le service, le sacerdoce n'est-il pas au coeur de chaque ouvrier...qui procure à ses enfants du pain: fruit de la terre et de son labeur.

Ecrit par : cmj | 10.04.2008

Certainement.
Je voulais simplement souligner la question sémantique: même si, habitué à manipuler des concepts subtils, le message de l'Eglise me paraît hermétique, pensez-vous qu'il va mieux passer dans le milieu ouvrier ?
Ou alors, il y a double langage dans un but que j'ignore, mais qui ne doit pas être que spirituel.

Ecrit par : Pierre-André Rosset | 11.04.2008

"le message de l'Eglise me paraît hermétique". Pour moi personnellement, oui, il l'est. Ce n'est pas le message de Jésus qui est totalement libérateur. La "vérité vous rendra libre". La vérité, c'est Jésus. Est-ce que cela "passe mieux dans le monde ouvrier". La présence de Jésus est potentiellement là, chez les ouvriers, quand les ouvriers se mettent en grève (Reconvilier, Bellinzone et ailleurs) pour protéger leur gagne pain et celui de la famille, je crois que c'est une résurrection du message de la Bonne Nouvelle.
L'instittution enferme le message dans des dogmes, et des flots d'explications dans un langage que les ouvriers (ni moi) ne comprennent. Pourquoi? Je crois que le spirituel est au coeur de la matière. Des gens très simples comprennent cela...comme Teilhard de Chardin.

Ecrit par : cmj | 11.04.2008

Alors, continuez d'égorger virtuellement les bourgeois, si cela peut purger votre inconscient, puisque c'est là que se trouve la racine de vos pulsions conflictuelles. Le spirituel est l'alibi et le contrepoids à ce processus morbide.

Ecrit par : Pierre-André Rosset | 14.04.2008

Un abrazo.
Jordi

Ecrit par : Jordi Colomines | 31.08.2008

voir avec GOOGLE :

COMPAGNIE DE JESUS ILLUMINATI

Ecrit par : antiracket | 27.09.2008

La vérité : c'est la Science qui la délivre. Personnellement, je pense que la religion est, dans un temps infini, vouée à disparaître. Même si les hommes auront toujours des questions tordues...

Ecrit par : Les Canards Insurgés | 05.03.2009

Mais vous apportez là, une preuve concrète qui prouve que religion et science ne sont pas incompatibles. Bien au contraire. Elles se complètent l'une l'autre. Lorsque la science n'a plus de réponses aux questions des hommes, c'est la religion qui lui en apporte. Lorsque la religion se trompe de réponse, la science les corrige.

Ecrit par : Les Canards Insurgés | 05.03.2009

Le prêtre, pourrait certainement être un historien et écrivain, et artiste, et homme politique. Un autre cas comme celui-ci le deuxième aura une incidence sur le profil de son devoir sacré, les droits de l'église.

Ecrit par : Mary | 29.03.2009

merci pour cette article qui m'a bien aider et votre site est genial!!!

Ecrit par : tueurs en séries | 05.04.2009

Les prêtres sont des personnes qui sont principalement engagés dans des cérémonies religieuses. Ils sont employés, mais les employés de l'église. Bien sûr, ils peuvent se combiner avec une activité différente, à des écrivains, des artistes, surtout qu'il ne serait pas d'impact sur leur devoir sacré

Ecrit par : Melody | 13.06.2009

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