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<title>Le blog de Philippe Baud</title>
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<subtitle>Le blog de Philippe Baud</subtitle>
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<title>Un autre profil du prêtre</title>
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<updated>2008-06-19T15:11:26+02:00</updated>
<published>2008-04-01T17:45:00+02:00</published>
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<summary>  Les prêtres ne travaillent pas tous en paroisse. On connaît leurs...</summary>
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&lt;p&gt;Les prêtres ne travaillent pas tous en paroisse. On connaît leurs engagements dans des aumôneries diverses (milieu de la santé, prisons, éducation). Il y a soixante ans, en milieu industriel urbain, plusieurs éprouvèrent le besoin, pour se rapprocher de leurs concitoyens, d’aller travailler sur des chantiers, dans des ateliers et des usines.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce fut le mouvement des prêtres ouvriers, malheureusement bien vite cassé par l’autorité romaine en raison des analyses marxistes qui sous-tendaient alors la lecture de la réalité sociale. Les premiers disciples n’étaient-ils pas des pêcheurs des rives du lac de Tibériade et l’apôtre Paul ne se félicitait-il pas de ne dépendre de personne pour ses besoins matériels ? Cardeur de tentes, il gagnait sa vie par le travail de ses mains.&lt;br /&gt; Au cours des siècles, on ne compte pas le nombre de prêtres qui furent astronomes, biologistes, préhistoriens, musiciens, écrivains. Aujourd’hui un nombre non négligeable de prêtres vivent leur vocation en immersion dans le monde. Ils travaillent discrètement dans l’univers de la recherche scientifique, des arts ou des médias, témoignant ainsi de l’&quot;inculturation&quot; de la foi dans des mondes qui sembleraient au premier abord lui demeurer étrangers. Ces ecclésiastiques, en accord avec leurs évêques, assument leur engagement comme une &quot;mission&quot; : non point celle de convertir leurs collègues de travail, mais d’établir des ponts entre leur Église et la société, témoignant des préoccupations du monde dans le milieu chrétien et des valeurs de l’Évangile dans un milieu professionnel qui pourrait fort bien les ignorer.&lt;br /&gt; Citons par exemple, en France voisine, le jésuite Roland Cazalis, ingénieur de recherche, spécialiste des plantes OGM à l’École supérieure d’agriculture de Purpan, à Toulouse, ou Bruno Cazin, lui-même vicaire général à Dunkerque et médecin hématologue à Lille. J’ai eu personnellement l’occasion de m’entretenir avec Philippe Deterre, depuis trente ans chercheur en immunologie et prêtre de la Mission de France. Il est la cheville ouvrière du Réseau Blaise Pascal qui relie une trentaine de groupes d’enseignants et de chercheurs à travers l’hexagone, menant une réflexion à l’interface entre science, culture et foi. La rencontre de l’an dernier portait sur un sujet significatif et d’actualité : &quot;Création contre évolution? Hasards, complexités et finalités&quot;.&lt;br /&gt; Il s’agit sans doute là d’engagements d’exception, exigeant de rares compétences. Mais ces prêtres ouvrent la voie à ce qui pourrait être une forme beaucoup plus répandue de ministère dans l’avenir, conjuguant un travail professionnel à temps partiel avec le service de communautés chrétiennes à taille très humaine. Dans une société urbaine de plus en plus mobile, pourquoi se contraindre à des découpages territoriaux de moins en moins &quot;naturels&quot; et ne pas prêter une attention plus grande à la vie des gens qui s’organise en réseaux constamment fluctuants ? Pour faire connaître le message de l’Évangile dans le monde d’aujourd’hui, il est important d’en partager la culture de l’intérieur, d’être présents là où les questions sont posées et librement débattues. Il est important que ceux qui exercent aujourd’hui un ministère soient confrontés à l’inévidence de la foi, se laissent rudement traverser par les questions qui travaillent leur époque. Ils y éprouveront dans la proximité les conflits du monde du travail, l’insécurité professionnelle, le goût de la conquête et de la possession. Mais le refus des compromissions de la carrière et de la défense hargneuse de son territoire peuvent aussi y être proposés comme des signes forts, qui peuvent ouvrir en retour à des solidarités nouvelles.&lt;br /&gt; Quand on parle du statut du prêtre aujourd’hui, on évoque toujours d’abord la diminution considérable de leur nombre, puis les difficultés qu’impose l’exigence du célibat. Ces questions ne peuvent être éludées, mais ne devrions-nous pas avoir un peu plus d’imagination pour redessiner les profils du ministère ?&lt;br /&gt; Philippe Baud&lt;/p&gt; 
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<title>Devant la tombe de Lazare (suite et fin)</title>
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<updated>2008-03-26T11:54:06+01:00</updated>
<published>2008-03-09T09:16:23+01:00</published>
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<summary> En parlant de la nécessité de changer les paradigmes de l’expression de la...</summary>
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En parlant de la nécessité de changer les paradigmes de l’expression de la foi chrétienne, je n’envisage pas que l’on puisse correspondre aux attentes de notre temps par le seul élargissement d’une culture, le renouvellement de la théologie, le toilettage verbal d’un credo, la remise en question des pratiques liturgiques, voire des habitudes morales. En effet, il ne s’agit pas seulement de changer les paradigmes de nos représentations religieuses, mais de faire lucidement un nouveau &quot;saut de confiance&quot; en ouvrant nos vies à d’autres appels que ceux qu’il nous est donné de n’entendre que du dehors jusqu’ici.&lt;br /&gt;En proclamant &quot;Je suis la résurrection et la vie&quot; Jésus nous engage à chercher en lui – et pas ailleurs – tout ce qui peut répondre à notre soif de vivre en plénitude. La personne de Jésus, ce n’est évidemment pas au &quot;dehors&quot; de nous, mais au &quot;dedans&quot; que nous pouvons avoir quelque chance de la rencontrer.&lt;br /&gt;Ainsi la promesse de la résurrection ne peut pas être confondue simplement avec celle de ne pas mourir.&lt;br /&gt;Vient de paraître la traduction française du dernier roman de José Saramago : Les intermittences de la mort. Je vous le recommande. Le thème, qui faisait déjà recette au Moyen ge, en est fort simple. Dans un pays sans nom, la population se trouve d’un jour à l’autre plongée dans l’euphorie par un événement extraordinaire : depuis le 1er janvier de l’année en cours, plus personne n’y meurt. Mais après une première quinzaine d’enthousiasme, la réalité refait surface. Si plus personne ne meurt, la vieillesse interminable et douloureuse devient très vite insoutenable. Les hôpitaux comme les maisons regorgent de malades en phase terminale que plus personne ne peut aider à mourir. Les familles ne peuvent non plus faire face à l’agonie sans fin de leurs aînés et les compagnies de pompes funèbres tout comme les caisses de retraite courent à leur ruine. L’État lui-même est menacé de faillite et la hiérarchie ecclésiastique de disparition. En effet, remarque l’auteur, sans la mort, il n’y a pas de résurrection, et, sans résurrection, plus d’Église. Chacun se voit ainsi soudain obligé de chercher comment mettre fin au cauchemar de la vie éternelle, quitte à faire appel à la mafia pour de curieuses pratiques…&lt;br /&gt;Le thème permet à l’auteur de promener son regard sarcastique et si volontiers anticlérical sur notre société actuelle. Mais la situation scabreuse qu’il met en scène souligne fort bien le malentendu religieux qui touche si fréquemment à la compréhension des notions de &quot;vie éternelle&quot; et de &quot;résurrection&quot;.&lt;br /&gt;La vie éternelle serait-elle rien d’autre qu’une vie qui, pareille à la nôtre, dure toujours ? La résurrection nos retrouvailles avec ce corps actuel, plus souvent laborieux et souffrant que juvénile séduisant ? Le mystère de la chair ressuscitée n’est pas celui d’un corps retrouvé, mais d’un &quot;corps spirituel&quot; (la formule paradoxale est de l’apôtre Paul lui-même), d’une présence sans obstacle ni médiation, dans une immédiateté accomplie. D’une telle plénitude, aucune image ne saurait rendre compte, puisque la vie éternelle ne se situe ni dans l’espace ni dans le temps : non pas dans le &quot;dehors&quot; mais dans le &quot;dedans&quot;. Pour aller à sa rencontre, il faut donc accomplir un retournement de &quot;dehors&quot; au &quot;dedans&quot; des êtres et des choses, un passage, autrement dit une pâque : le passage que Jésus ouvre, et dans lequel il nous invite à le suivre.&lt;br /&gt;Passage qui va de la mort à la vie : du &quot;dehors&quot; au &quot;dedans&quot;, si j’entends par &quot;dehors&quot; tout ce qui est extérieur à mon être intime, tout ce qui est condamné à l’usure, à la fragilité, au repliement, au refus, en un mot à la mort, et par &quot;dedans&quot; ce qu’il y a en moi, en chacun de nous, d’unique, d’impérissable, d’indivisible et de constant dans cette capacité infinie d’aimer que je tiens enfouie et comme insatiable au plus profond de mon être, et dont il m’arrive d’avoir le pressentiment qu’elle ne saurait définitivement mourir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Philippe Baud&lt;br /&gt;
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<title>Devant la tombe de Lazare (suite 1)</title>
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<published>2008-03-08T10:22:00+01:00</published>
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<summary> La foi chrétienne en la résurrection est fondée sur un paradoxe puisque rien...</summary>
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La foi chrétienne en la résurrection est fondée sur un paradoxe puisque rien n’est plus sûr que notre mort. Il est donc clair que ce n’est point notre mort biologique qui est ici remise en question. Même Lazare devra mourir l’un de ces prochains jours, en dépit de la bouleversante réanimation dont il bénéficie en présence de ses deux sœurs de Lazare et de la foule d’amis accourus pour entourer leur deuil.&lt;br /&gt;Mais, à lire attentivement le texte, ce n’est point sur l’ouverture de la porte du sépulcre ou le &quot;déballage&quot; du défunt que l’évangéliste fixe les yeux. Son regard porte sur Jésus et ses oreilles sont attentives à sa prière : &quot;Père, je te rends grâce (en grec : eucharisto, &quot;rendre grâce&quot; = &quot;faire eucharistie&quot;), parce que tu m’as exaucé. Je savais bien, moi, que tu m’exauces toujours, mais si j’ai parlé c’est pour cette foule qui est autour de moi, afin qu’ils croient que tu m’as envoyé.&quot;&lt;br /&gt;L’Église naît de cette communauté que se greffe à &quot;l’action de grâce&quot; que Jésus adresse à son Père et qui, par là, s’unit dans la foi à son Envoyé. Cette confiance en la personne du Christ est ce qui spécifie la vie chrétienne.&lt;br /&gt;C’est cette foi que demande Jésus à Marthe, à Marie, comme à tous ceux et celles qui tendent l’oreille. Est-ce un abus de pouvoir ? une supercherie ? Quand Jésus affirme qu’il est &quot;la résurrection et la vie&quot;, revendique-t-il la signature du geste unique et déroutant par lequel il va dans un instant ramener son ami Lazare à une existence semblable à la nôtre ou nous propose-t-il ce qu’on appellerait aujourd’hui, dans l’univers des sciences, un changement de paradigmes ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Chacun sait comment, au siècle dit &quot;des Lumières&quot;, après Newton et Descartes, la pensée scientifique occidentale devint déterministe et mécaniste. Laplace traduisit le nouveau credo en ces termes : &quot;Pour une intelligence qui embrasserait dans la même formule les mouvements des plus grands corps de l’Univers et ceux du plus léger atome, rien ne serait incertain pour elle, et l’avenir comme le passé seraient présents à ses yeux.&quot; Telle fut la conviction d’une époque où la science physique ne doutait de rien (si j’ose employer ici un vocabulaire religieux !). Ce schéma réductionniste, sûr de son infaillibilité, prévalut jusqu’au début du XXe siècle, avant d’être soudainement remis en question et bientôt balayé par l’avènement de la physique quantique, qui fit entrer dans le monde subatomique la notion scandaleuse mais libératrice de hasard. Cela engendra un sérieux bouleversement de paradigmes et certains savants parmi les plus illustres mirent quelque temps avant de souscrire à la nouvelle lecture de l’univers. Les particules élémentaires ne formaient plus un monde clos et déterminé : la matière perdait en quelque sorte sa substance, les photons pouvant prendre à leur guise l’aspect d’une onde ou d’une particule.&lt;br /&gt;Très vite les astrophysiciens durent intégrer ces mêmes notions de chaos ou d’imprédictibilité dans le monde macroscopique des planètes et des galaxies. Cela constitua la suite de cette immense révolution qui contraignit peu à peu le monde scientifique à admettre, au-delà du réel accessible à ses instruments d’investigation, l’existence de ce que Bernard d’Espagnat appelle le &quot;réel voilé&quot;. On peut parler véritablement ici de &quot;révolution culturelle&quot;, puisque la science, dans ses plus hautes avancées, laisse entendre aujourd’hui qu’il n’est pas superfétatoire d’intégrer l’intuition mystique ou la spiritualité à une bonne approche rationnelle de l’univers.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je cite l’exemple de cette évolution en me demandant, devant le tombeau ouvert de Lazare, si les disciples de Jésus du XXIe siècle sont aussi bien capables de se laisser bousculer dans les paradigmes de leur foi, quand ils s’interrogent sur la résurrection. Non qu’il s’agisse de rejeter ce que nous aurions trop naïvement cru jusque-là (personne ne demande non plus au physicien de renier ou condamner les travaux de Newton, qui continuent de susciter toute notre admiration), mais bien plutôt d’élargir encore et d’approfondir l’intelligence de notre foi.&lt;br /&gt;Il n’est pas question, en d’autres termes, de rester plantés devant la scène de réanimation de Lazare comme devant un prodige ! Jésus n’a jamais cherché un rôle de mage ou d’amuseur de société. Je ne le vois guère aujourd’hui prendre parti pour l’authenticité du suaire de Turin ou l’exhumation des restes du Padre Pio. Cela est peut-être intéressant, excite les argumentations des sceptiques comme des dévots, mais a fort peu de choses à voir avec l’aventure intérieure de la foi, clairement distinguée ici du monde des croyances.&lt;br /&gt;(à suivre)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Philippe Baud&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;
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<title>Devant la tombe de Lazare</title>
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<updated>2008-03-26T11:54:06+01:00</updated>
<published>2008-03-07T13:50:24+01:00</published>
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<summary> Les trois dimanches qui précèdent la célébration de l’entrée de Jésus à...</summary>
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Les trois dimanches qui précèdent la célébration de l’entrée de Jésus à Jérusalem (dimanche des Rameaux) étaient jadis des journées d’intense préparation pour les catéchumènes s’apprêtant à recevoir le baptême au cours de la grande liturgie de la nuit pascale.&lt;br /&gt;Ces dimanches étaient dits &quot;de scrutin&quot; car non seulement on y entendait une Parole &quot;qui scrute les reins et les cœurs&quot;, mais parce que toute la communauté chrétienne y était appelée à donner son aval pour l’accueil des nouveaux &quot;fidèles&quot;, à savoir qu’elle reconnaissait en eux de potentiels témoins de la foi. Cette consultation et ce soutien n’étaient pas simples rituels en périodes de persécution.&lt;br /&gt;Trois passages de l’évangile de Jean sont lus au cours de ces dimanches, qui sont aussi trois rencontres : celle de Jésus avec une femme de Samarie que tous rejettent en raison de son mode de vie (Jean 4), avec un aveugle de naissance dont les raisonneurs voudraient établir la faute cachée induisant un si malheureux destin (Jean 9), avec le mystère de la mort, face au décès de son ami Lazare (Jean 11).&lt;br /&gt;Ces rencontres du vertige se déroulent au bord de trois &quot;trous noirs&quot;. Le premier était un puits. Le second, un étrange bassin dont les eaux sont réputées opérer des guérisons. La troisième cavité est une tombe.&lt;br /&gt;Qu’on ne s’y trompe pas : ces rendez-vous avec Jésus ont pour décor des lieux très ordinaires : le puits où l’on vient puiser de l’eau chaque jour, la fontaine où l’on va se laver à l’eau bienfaitrice de l’espoir chaque semaine – excepté le jour du sabbat, selon la règle – et ces fosses ouvertes dans la terre du cimetière, devant lesquelles on se tien à nouveau hébété chaque fois qu’il faut accompagner dans la mort un ami qui s’en va et ses proches qui restent.&lt;br /&gt;Que peut-il bien sortir de bon d’un trou noir : du puits insondable d’une vie ordinaire, des angoisses d’une maladie ou d’un destin qui vacille, de la sombre énigme d’une tombe ?&lt;br /&gt;L’apôtre Paul se voulait déjà réaliste : &quot;Si c’est pour cette vie seulement que nous avons mis notre espoir dans le Christ, nous sommes les plus malheureux de tous les hommes.&quot; Poursuivant : &quot;Mais non, le Christ est ressuscité des morts, prémices de ceux qui se sont endormis&quot;(1 Co 15, 19-20). Du puits jaillit &quot;l’eau vive&quot;. De la piscine de Siloè, une guérison. Du tombeau de Béthanie, Lazare vivant. Trois rencontres inédites et le même message : &quot;Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra.&quot;&lt;br /&gt;L’affirmation ne va pas de soi. Elle résonne comme une question fondamentale, qui n’est pas posée ici exclusivement à ceux-là qui ont demandé le baptême, à ceux qui revendiquent une identité chrétienne : &quot;Tout homme qui vit et qui croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ?&quot;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(à suivre demain)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Philippe Baud&lt;br /&gt;
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<title>Circonspection simiesque</title>
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<updated>2008-03-26T11:54:06+01:00</updated>
<published>2008-02-26T16:37:08+01:00</published>
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<summary> Le culte du singe va-il prendre pour nous la place du culte oublié des...</summary>
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Le culte du singe va-il prendre pour nous la place du culte oublié des ancêtres ? L’exposition que propose le Museum d’histoire naturelle de Neuchâtel et le succès qu’elle remporte déjà (ouverte le 1er février, on pourra la visiter jusqu’au 26 octobre) montrent que la question n’est pas aussi irrévérencieuse que nous pourrions le croire, tant on se surprend à y voir l’homme &quot;monter&quot; du singe. J’écris &quot;monter&quot; car, dans le mouvement même de la vie et celui de la symbolique de l’arbre généalogique, le mouvement de &quot;montée&quot; me semble tout de même plus représentatif et significatif que celui de &quot;descente&quot; quand il s’agit d’évoquer ma généalogie personnelle et collective.&lt;br /&gt;Documents à l’appui, vous y découvrirez peut-être avec surprise que certains grands singes particulièrement développés (chimpanzés, capucins, bonobos, orangs-outans et gorilles) ne sont pas aussi dépourvus que nous le pensions de conscience de soi, de sens de la réciprocité, voire de celui d’une certaine équité quand il s’agit de récompenser un effort. Les vieux mâles, chefs de clan, savent aussi se montrer adroits en politiques, organisateurs de rixes entre individus plus jeunes ou s’appliquant à gagner des complicités pour assurer leur domination. Vous comprendrez aussi qu’en recourant au verbe &quot;singer&quot; vous ne devrez plus entendre désormais le seul fait d’&quot;imiter&quot;, mais inclure plutôt la notion de soumission intéressée aux usages du clan. Si les grands singes jouent, éprouvent des sentiments, ils savent aussi, en effet, s’avertir devant le danger, s’unir pour travailler. Dans la question du langage des primates, les recherches actuelles ne sont pas loin non plus de rejoindre certaines intuitions de Rousseau, à savoir que les grands singes – exclusivement – sont capables de communiquer par des gestes plus encore que par des émissions vocales. Les gestes plus que les sons seraient donc à l’origine du langage, tous deux commandés comme chez nous par l’hémisphère gauche du cerveau. Les savants ont aujourd’hui renoncé à expliquer la capacité humaine de la parole par la physiologie du larynx (celle des grands singes n’étant pas si différente de la nôtre) pour la fonder sur la taille du cerveau.&lt;br /&gt;Si vous lisez dans la foulée les travaux de Jane Goodall (dernier paru : &quot;Nous sommes ce que nous mangeons&quot;, chez Actes Sud), vous devrez admettre que, si les chimpanzés peuvent avoir des bien des attitudes d’attention à l’autre, ils ont aussi des comportements de cruauté gratuite, où l’homme se reconnaîtra sans trop de difficulté. On ne s’étonnera donc pas que cette infatigable éthologue, aujourd’hui septuagénaire, ne cesse de parcourir le monde en menant un grand combat médiatique pour la défense des espèces de singes qui sont gravement menacées par le peu de respect que nous avons dans notre exploitation de l’environnement.&lt;br /&gt;Au final, il faudra convenir que la frontière entre l’animal supérieur qu’est le grand singe et l’homme n’est pas aussi large et bien définie que certains aiment à le penser. Reste que l’on n’a encore jamais observé un singe se grattant le front en se demandant ce qu’il fait sur cette terre. C’est là que la question &quot;humaine&quot; commence et cela fait toute la différence.&lt;br /&gt;À quoi bon vouloir s’obstiner à une lecture infantile des grands textes bibliques, refusant ainsi de voir avec quelle force cette question de &quot;sens&quot; nous est posée dès les premiers chapitres du Livre de la Genèse, les réduisant à une puérile bande dessinée. Je suis bien né de cette glaise vivante d’où ont surgi un jour ces étonnants ancêtres que sont les primates. C’est pourquoi la question n’est pas tant de savoir si je descends du singe que si je suis résolu à vouloir continuer de m’efforcer d’en monter.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Philippe Baud&lt;br /&gt;
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<title>&quot;Le temps où nous chantions&quot;</title>
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<updated>2008-03-26T11:54:06+01:00</updated>
<published>2008-02-12T18:18:44+01:00</published>
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<summary> Pourquoi la publication, l’an dernier, de la traduction française du roman...</summary>
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Pourquoi la publication, l’an dernier, de la traduction française du roman de Richard Powers, &quot;Le Temps où nous chantions&quot;, n’a-t-elle pas été remarquée dans la presse romande ? Est-ce parce qu'un volume de 800 pages (en caractères serrés) découragent d’entrée les lecteurs ? À considérer le succès des &quot;Bienveillantes&quot; de Jonathan Littell, ce ne doit pas être là raison suffidante. Est-ce parce que l’auteur, lors de la parution du livre aux Etats-Unis, a été comparé à Philip Roth pour l'ambition, à Gabriel García Márquez pour le style, à Thomas Mann pour son approche de la musique, et même à Marcel Proust pour la méditation sur le temps ? Parrainages assez redoutables pour susciter la méfiance, mais à vrai dire peut-être insuffisants pour qualifier une prose magnifique, un style saisissant.&lt;br /&gt;Et si ce grand roman américain passait inaperçu pour le seul et rare délice de laisser à son lecteur le goût d’une silencieuse et exceptionnelle découverte ? Au point que l’on hésite d’en parler, tout comme lorsqu’il vous est donné de découvrir dans la nature un lieu de grande beauté encore sauvegardé et que l’on hésite à en partager l’enchantement, de peur que d’autres promeneurs ne le traversent que par curiosité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&quot;Le meilleur livre que j’ai lu sur la musique et la joie qu’elle peut procurer&quot;, note avec un enthousiasme que l’on partage la romancière Donna Leon. Mais un grand livre aussi sur les problèmes raciaux qui ont si longtemps déchiré la société nord-américaine. C’est en travaillant à son mon premier roman, &quot;Trois fermiers s'en vont au bal&quot;, que Richard Powers découvre, il y a 25 ans, un document décrivant le concert donné à Washington par Marian Anderson, en 1939. Ce jour-là, une Africaine de Philadelphie dont la voix fascinait les plus blasés, monta sur scène en plein air à l'initiative de la première dame des Etats-Unis, Eleonore Roosevelt. On était alors en pleine ségrégation. Pour tous ceux qui se déplacèrent pour l’écouter, Blancs et aux Noirs, ce fut le même indéfinissable frisson. &quot;Ce jour-là, raconte Powers, lorsque cette femme noire se mit à chanter les lieder de Schubert, toute l'Amérique, même la plus sauvage, se rendit compte que quelque chose ne tournait pas rond dans le pays.&quot; Or ce jour-là, perdu dans la foule, un émigré juif blanc, tout juste arrivé d'Allemagne où il fuyait le nazisme, rencontra une jeune Noire mélomane. Ainsi débute le roman de Richard Powers.&lt;br /&gt;Vous raconterai-je ici les conditions invraisemblables dans lesquelles David Strom épouse Delia Daley ? Comment, des trois enfants auxquels ils donneront le jour, Jonah, l'aîné, possèdera une de ces voix d’or que l'on entend une fois par siècle et deviendra un ténor de renommée mondiale ? Comment Ruth, la cadette, rejettant les valeurs familiales, s'engagera aux côtés des Black Panthers ? Et Joseph, le sensible et mélancolique narrateur, accompagnera un temps son frère dans son évolution musicale et sentimentale, puis tentera de préserver l'unité d'une famille aux prises avec l'Histoire ?&lt;br /&gt;Non, mais à l’heure où un Barak Obama ose prétendre à la charge de président des Etats-Unis, ce sont les soixante dernières années de l’histoire de cette nation aux relations internes si complexes que Richard Powers fait défiler sous nos yeux, à travers le destin d'une famille d'émigrés, parias du Vieux Monde d'un côté, descendants d'esclaves africains de l’autre. &quot;L'identité américaine passe par la couleur de la peau&quot;, remarque Powers. &quot;United we stand ! proclame l'Amérique. Mais c'est une illusion. L'Amérique est une nation qui n'a jamais été unie et le racisme y demeure la question centrale. Depuis la fin de la ségrégation, le fossé qui séparait les Noirs des Blancs s'est sans doute déplacé, mais il ne s’est pas effacé. Et le sort des métis est le moins enviable qui soit.&quot;&lt;br /&gt;En touchant aux thèmes de la différence et de l’exclusion autant qu’à celui de la musique, ce roman confine à l’universel. Pour autant, je ne vous dis rien des personnages qui hantent ces pages. David Strom, le père, physicien dans les nuages, dont la famille a péri dans les camps nazi, et qui reçoit dans son modeste appartement de la pointe nord de Manhattan, un vieillard encore plus fou que lui, du nom d'Albert Einstein, qui lui conseille vivement de placer son fils Jonah dans une école où il pourra développer son formidable talent vocal. Delia Daley, la mère, qui va jusqu’à sacrifier sa vie dans la tâche harassante de construire un cocon familial factice où elle tente de préserver ses enfants de toute ségrégation. Elle mourra dans un incendie dont on ne saura jamais s’il fut simplement accidentel.&lt;br /&gt;Mais le moindre personnage de ce roman n’est sans doute pas la musique qui, dans un univers de violences et de ruptures, apparaît comme la seule puissance intime capable de protéger les hommes contre la barbarie du monde extérieur et de les réconcilier entre eux : la seule véritable identité qui constitue l’homme, par-delà la couleur de la peau. Et quand il parle musique, qu’il s’agisse de composition ou d’interprétation, l’auteur s’exprime en rare connaisseur. Sous sa plume, Brahms et Schubert nous deviennent aussi proches et familiers que Miles Davis et le hip-hop des années 70.&lt;br /&gt;Bref, toutes affaires cessantes, prenez l’ouvrage en main : vous le lâcherez plus !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Philippe Baud&lt;br /&gt;
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<title>Le pape noir ?</title>
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<updated>2008-03-26T11:54:06+01:00</updated>
<published>2008-01-23T10:39:50+01:00</published>
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<summary> &quot;Le pape noir&quot;, tel est le surnom – en raison de la couleur de sa soutane –...</summary>
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&quot;Le pape noir&quot;, tel est le surnom – en raison de la couleur de sa soutane – que l’on donne à celui qui porte officiellement le titre de préposé général de la Compagnie de Jésus. À la lourde charge de présider aux orientations de l’ordre religieux des Jésuites, c’est un espagnol de 71 ans, le Père Adolfo Nicolas, qui vient d’être élu, le samedi 19 janvier. Cet Européen imprégné de culture asiatique a passé la majeure partie de sa vie aux Philippines et au Japon, où il a été ordonné prêtre en 1967. Théologien et polyglotte, il est décrit comme un homme &quot;paisible&quot;, professeur de théologie systématique réputé ouvert. Il remplissait, depuis trois ans, le rôle de &quot;modérateur&quot; de la conférence jésuite d'Asie orientale, qui regroupe plus de 1 000 religieux : une fonction qui lui aura donné une vision large de la situation des chrétiens en Asie et qui lui permettra, sur ce dossier, de jouer un rôle d'interlocuteur averti avec Rome. On sait que les rapports de la Compagnie avec le pape, n’ont pas toujours été simples, bien que les membres de l’ordre lui prêtent un serment particulier de fidélité.&lt;br /&gt;Mais s’ils ont pu se prêter autrefois aux jeux des influences dans les antichambres des puissants, qui étaient nombreux à avoir été formés dans leurs excellents collèges, c’est auprès des déshérités qu’on les retrouvent le plus actifs aujourd’hui. Le Père Nicolas la rappeler dans son homélie du 21 janvier, jour de son investiture : &quot;N’oubliez pas les pauvres !&quot; Il a raconté cette expérience qui l’a marqué : &quot;Il s'agit d'une Philippine immigrée qui a eu beaucoup de difficulté à s'adapter à la société japonaise, une femme qui a beaucoup souffert. Une autre Philippine est venue lui demander conseil, et lui dit : “J'ai beaucoup de problèmes avec mon mari, et je ne sais si je dois divorcer ou essayer de sauver mon mariage... ” En d'autres mots, elle voulait un conseil sur un sujet plutôt banal. La première répondit : “Je ne sais quoi vous conseiller en ce moment. Cependant, venez avec moi à l'église, que nous puissions toutes les deux prier, car Dieu vient vraiment au secours du pauvre.” Cette déclaration m'a touché car elle est vraie. Le pauvre n'a que Dieu pour trouver sa force. Pour nous, Dieu est notre force. Le service désintéressé, inconditionnel, trouve la source de sa force en Dieu seul.&quot;&lt;br /&gt;Pour nous, qui avons trop l’habitude de jauger la situation de l’Église à l’aune des seuls problèmes qui se posent dans notre petit monde occidental, cette ouverture d’horizon est stimulante.&lt;br /&gt;Dans un univers mondialisé, où le nombre des exclus absolus sans cesse augmente, l’évangile a encore toute sa pertinence, reconnaissable à l’engagement total de ses témoins. Déjà Paul s'adresse aux Églises prospères de son temps, leur demandant leur aide pour les pauvres de Jérusalem.&lt;br /&gt;&quot;Ce qui compte, commente le nouveau préposé, c'est la santé, le salut, la joie des pauvres. Ce qui compte, c'est le réel, l'espoir, le salut, la santé. Et nous voulons que ce salut et cette santé soient une explosion de salut pour tous et partout.&quot;&lt;br /&gt;Telle est la feuille de route. Souhaitons, grâce aux compétences et à l’engagement généreux des 19200 jésuites à l’œuvre dans le chantier du monde, qu’elle puisse trouver un réel accomplissement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Philippe Baud&lt;br /&gt;
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<title>Une configuration nouvelle du christianisme</title>
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<updated>2008-03-26T11:54:06+01:00</updated>
<published>2008-01-05T14:52:37+01:00</published>
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<summary> Qu’il me soit permis de rebondir ici sur la chronique de mon collègue...</summary>
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Qu’il me soit permis de rebondir ici sur la chronique de mon collègue pasteur Claude Schwab dans le &quot;24 heures&quot; de ce jour, intitulée &quot;Un Jésus venu d’Orient&quot; et qui nous invite à lire l’ouvrage du jésuite Michael Amaladoss : &quot;Jésus asiatique&quot;.&lt;br /&gt;J’y souscris pleinement, car rien ne me semble plus actuel, nécessaire et pertinent que cet universalisme (en grec, cela se dit : &quot;catholicisme&quot;) chrétien, sans que nous soyons obligés pour autant de souscrire unanimement à tous les corollaires qui pourraient être déduits d’un même principe. Mais de quoi s’agit-il ? De reconnaître l’évidence, à savoir que la figure historique dominante du christianisme a été, pendant des siècles, liée au destin de l’Occident (si l’on entend par là la civilisation née des routes croisées de Jérusalem, d’Athènes et de Rome). Aujourd’hui, nous prenons conscience de l’européocentrisme de notre culture chrétienne et, plus particulièrement, de nos théologies. Maintenant, il est devenu urgent de prendre également en compte le monde non-Occidental et, par conséquent, de faire tomber les murs non plus seulement – pour reprendre les termes bibliques – entre le juif et le &quot;gentil&quot; (entendez : le païen), mais celui toujours dressé entre &quot;le Grec et le barbare&quot;. En d’autres termes, il est temps pour le christianisme de s’inculturer dans les cultures non occidentales pour engendrer une autre figure du christianisme historique que celle qui a dominé pendant 2000 ans. Il ne peut, en effet, y avoir un vrai dialogue interreligieux sans un processus d’inculturation réciproque.&lt;br /&gt;Pour autant, il n’est pas question de favoriser une sorte de provincialisme culturel qui ferait du christianisme une religion à géométrie variable selon la culture qu’elle revêtirait. Nous voulons dire qu’il n’y a pas de christianisme chimiquement pur qui puisse prétendre incarner l’expression absolue et définitive de la foi chrétienne, ou qui pourrait s’incarner successivement et sans risques dans les diverses cultures de notre univers. L’œcuménisme interreligieux nous appelle à promouvoir aujourd’hui un christianisme à la fois mondial et diversifié, qui soit le lieu d’une fécondation mutuelle et créatrice entre les ressources propres d’une certaine tradition chrétienne, déjà très riche de par son histoire, et les valeurs anthropomorphiques et spirituelles des cultures et religions non occidentales.&lt;br /&gt;Cette prise de conscience, nécessaire à une bonne intelligence de ce que certains désignent souvent un peu hâtivement comme &quot;la nouvelle évangélisation&quot; sans en bien comprendre les vraies exigences, requiert de renoncer au mythe d’un discours théologique universel, mais n’empêche pas d’encourager l’intercommunion entre des théologies enracinées dans des cultures particulières&lt;br /&gt;On peut de la sorte plaider pour une christianisme mondial capable de résister aux sirènes du régionalisme culturel comme à celles d’une mondialisation entendue comme asservissement à un modèle culturel de plus en plus banal, car unidimensionnel.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Philippe Baud&lt;br /&gt;
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<name>Philippe Baud</name>
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<title>6 janvier, jour d’&quot;épiphanie&quot;</title>
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<updated>2008-03-26T11:54:06+01:00</updated>
<published>2008-01-04T19:14:17+01:00</published>
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<summary> Épiphanie&quot; veut dire de &quot;manifestation&quot; ! Selon le récit de Matthieu que...</summary>
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Épiphanie&quot; veut dire de &quot;manifestation&quot; ! Selon le récit de Matthieu que nous avons tous plus ou moins sommairement en mémoire, ce jour rappelle la visite que firent à l’enfant né à Bethléem ces personnages étranges que le texte appelle &quot;mages venus d’Orient&quot; et marchaient à la suite d’une étoile.&lt;br /&gt;Laissons à d’autres l’exégèse savante de cette page colorée, avec son cortège de chameaux et la présentation de cadeaux précieux. Je la relirai volontiers ici dans le contexte du dialogue interreligieux qui nous préoccupe tant aujourd’hui. Car, enfin, ces rois mages ne sont pas très chrétiens d’allure. Vous pourriez les imaginer hindouistes, bouddhistes, zoroastriens ou chamanistes, sans déflorer le texte.&lt;br /&gt;Avec l’arrivée sur scène de ces &quot;étrangers&quot;, Matthieu nous convie d’une façon originale à reconsidérer ici le mystère de l’élection du peuple d’Israël, en tant que dépositaire des promesses du salut, tel qu’il était déjà tout entier contenu dans celui de l’appel adressé à Abraham (Gn 12). Mais, l’a-t-on remarqué, le récit de la vocation d’Abraham, qui suit immédiatement celui, non moins fameux, de la Tour de Babel (Gn11), n’est rien d’autre, en fait, qu’une critique d’une conception fausse de l’universalité. C’est un avertissement au &quot;peuple élu&quot; – car, derrière la figure d’Abraham, il y a tout un peuple (Gn 12,1-3) – de se garder de vouloir réaliser l’universalité par la conquête ou par l’hégémonie : un message, au seuil de la Nouvelle Alliance, adressé tout aussi bien aux disciples de Jésus.&lt;br /&gt;Dans le récit de la Tour, le Dieu de la Bible condamne une unicité linguistique et culturelle qui aurait l’ambition de substituer au Dieu unique une humanité monolithique, que se diviniserait elle-même. Le message a-t-il jamais été plus actuel qu’en nos temps de mondialisation ? Dieu ne condamne pas ici la pluralité des langues et des cultures, ayant lui-même créé l’homme pluriel : homme et femme, sédentaires et vagabonds, bergers et mages, religieux pratiquants ou nez dans les étoiles . Le Dieu de la Bible bénit le multiple de la condition humaine et ne considère pas la diversité des âges, des noms et des couleurs (Gaspard, Melchior et Balthasar) comme la dégradation d’une unité originelle. Depuis le jour de la Pentecôte et l’effusion ébouriffante de l’Esprit, il est permis de penser que la pluralité des visages, des recherches, des langues, des cultes et des cultures est sans doute nécessaire pour traduire la richesse multiforme du mystère de Dieu.&lt;br /&gt;D’un pluralisme religieux de fait ne peut-on pas conclure à un pluralisme de principe,&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tout en admettant l’ambiguïté des diversités religieuses, pourquoi faudrait-il voir dans le pluralisme religieux &quot;l’œuvre du démon&quot; ? Ne serait-ce pas plutôt une &quot;expression du génie et des richesses dispensées par Dieu aux nations&quot;, comme ont osé le dire les évêques lors du Concile Vatican II (cf. Ad gentes, no11) ? Le propos me semble malheureusement bien éloigné de ce que disent aujourd’hui certains chrétiens. Il est vrai que la cohabitation des diverses religions, au fil de l’actualité, n’inspire pas toujours confiance, notamment lorsque des personnalités politiques en appellent scandaleusement à Dieu pour justifier leurs crimes, sinon leurs marchés et leurs ambitions de pouvoir.&lt;br /&gt;Heureusement, ces rois, qui nous offrent leurs couronnes en forme pâtissière, nous proposent un tout autre message…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pühilippe Baud&lt;br /&gt;
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<title>6 janvier, jour d’&quot;épiphanie&quot;</title>
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<published>2008-01-04T19:14:17+01:00</published>
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Épiphanie&quot; veut dire de &quot;manifestation&quot; ! Selon le récit de Matthieu que nous avons tous plus ou moins sommairement en mémoire, ce jour rappelle la visite que firent à l’enfant né à Bethléem ces personnages étranges que le texte appelle &quot;mages venus d’Orient&quot; et marchaient à la suite d’une étoile.&lt;br /&gt;Laissons à d’autres l’exégèse savante de cette page colorée, avec son cortège de chameaux et la présentation de cadeaux précieux. Je la relirai volontiers ici dans le contexte du dialogue interreligieux qui nous préoccupe tant aujourd’hui. Car, enfin, ces rois mages ne sont pas très chrétiens d’allure. Vous pourriez les imaginer hindouistes, bouddhistes, zoroastriens ou chamanistes, sans déflorer le texte.&lt;br /&gt;Avec l’arrivée sur scène de ces &quot;étrangers&quot;, Matthieu nous convie d’une façon originale à reconsidérer ici le mystère de l’élection du peuple d’Israël, en tant que dépositaire des promesses du salut, tel qu’il était déjà tout entier contenu dans celui de l’appel adressé à Abraham (Gn 12). Mais, l’a-t-on remarqué, le récit de la vocation d’Abraham, qui suit immédiatement celui, non moins fameux, de la Tour de Babel (Gn11), n’est rien d’autre, en fait, qu’une critique d’une conception fausse de l’universalité. C’est un avertissement au &quot;peuple élu&quot; – car, derrière la figure d’Abraham, il y a tout un peuple (Gn 12,1-3) – de se garder de vouloir réaliser l’universalité par la conquête ou par l’hégémonie : un message, au seuil de la Nouvelle Alliance, adressé tout aussi bien aux disciples de Jésus.&lt;br /&gt;Dans le récit de la Tour, le Dieu de la Bible condamne une unicité linguistique et culturelle qui aurait l’ambition de substituer au Dieu unique une humanité monolithique, que se diviniserait elle-même. Le message a-t-il jamais été plus actuel qu’en nos temps de mondialisation ? Dieu ne condamne pas ici la pluralité des langues et des cultures, ayant lui-même créé l’homme pluriel : homme et femme, sédentaires et vagabonds, bergers et mages, religieux pratiquants ou nez dans les étoiles . Le Dieu de la Bible bénit le multiple de la condition humaine et ne considère pas la diversité des âges, des noms et des couleurs (Gaspard, Melchior et Balthasar) comme la dégradation d’une unité originelle. Depuis le jour de la Pentecôte et l’effusion ébouriffante de l’Esprit, il est permis de penser que la pluralité des visages, des recherches, des langues, des cultes et des cultures est sans doute nécessaire pour traduire la richesse multiforme du mystère de Dieu.&lt;br /&gt;D’un pluralisme religieux de fait ne peut-on pas conclure à un pluralisme de principe,&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tout en admettant l’ambiguïté des diversités religieuses, pourquoi faudrait-il voir dans le pluralisme religieux &quot;l’œuvre du démon&quot; ? Ne serait-ce pas plutôt une &quot;expression du génie et des richesses dispensées par Dieu aux nations&quot;, comme ont osé le dire les évêques lors du Concile Vatican II (cf. Ad gentes, no11) ? Le propos me semble malheureusement bien éloigné de ce que disent aujourd’hui certains chrétiens. Il est vrai que la cohabitation des diverses religions, au fil de l’actualité, n’inspire pas toujours confiance, notamment lorsque des personnalités politiques en appellent scandaleusement à Dieu pour justifier leurs crimes, sinon leurs marchés et leurs ambitions de pouvoir.&lt;br /&gt;Heureusement, ces rois, qui nous offrent leurs couronnes en forme pâtissière, nous proposent un tout autre message…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pühilippe Baud&lt;br /&gt;
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